Sorbonne - Définition et Explications

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Architecture

La vieille Sorbonne

À ses origines, la Sorbonne n'est donc que l'un des collèges de l'université et, par extension cette université. Elle ne correspond alors qu'à un logis destiné à abriter une vingtaine de personnes. À cet effet, Saint-Louis donna quelques maisons de la rue (La rue est un espace de circulation dans la ville qui dessert les logements et les lieux d'activité économique. Elle met en relation et structure les différents quartiers, s'inscrivant de...) coupe-gueule, face à l'hôtel (Un hôtel est un établissement offrant un service d’hébergement payant, généralement pour de courtes périodes. Dans sa définition de l’hôtel, l’Agence...) de Cluny, pour y installer des étudiants. Robert de Sorbon, par l'intermédiaire de Guillaume (Guillaume est un prénom masculin d'origine germanique. Le nom vient de Wille, volonté et Helm, heaume, casque, protection.) de Chartres achète et échange rapidement l'ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être comprise comme un tout », comme...) des abords de cette rue; en 1260, la majorité du site actuel est aux mains du collège (Un collège peut désigner un groupe de personnes partageant une même caractéristique ou un établissement d'enseignement.). Il s'agit alors d'un ensemble épars de bâtiments divers, maisons, granges, etc. disposés dans un jardin. Une grande simplicité du bâti est maintenue à dessein par le fondateur (Le Fondateur (titre original : Founding Father) est une nouvelle de science-fiction d'Isaac Asimov, parue en février 1965, et publiée en français dans le recueil Cher Jupiter.) qui instaure une règle de vie (La vie est le nom donné :) pieuse et austère. En dépit des achats et constructions ultérieures, cette relative austérité reste une des caractéristiques du collège. Au début du XVIIe siècle, il se présentait encore comme un ensemble de bâtiments disparates édifiés le long de la rue Coupe-Gueule, désormais appelée rue de la Sorbonne (La Sorbonne est un complexe monumental du Quartier latin de Paris. Elle tire son nom du théologien du XIIIe siècle Robert de Sorbon, le...), entre le cloître (Un cloître ou cloitre (ou anciennement cloistre, ou clouastre) est une cour entourée de murs et de galeries établie à côté des églises cathédrales, collégiales et monastiques.) Saint-Benoît au nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) et le collège de Calvi au sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.). Il comportait une chapelle (Une chapelle est un lieu de culte chrétien qui peut, selon le cas, constituer un édifice distinct ou être intégré dans un autre bâtiment.) construite au XIVe siècle dont la façade donnait sur la rue.

En 1626, le cardinal de Richelieu, ancien élève des lieux entreprend de faire reconstruire cet ensemble. Il faut dire que les bâtiments, particulièrement mal commodes, étaient devenus nettement insuffisants au cours des deux derniers siècles. Le rôle des collèges avait en effet alors évolué : d'un simple gîte à l'attention d'une vingtaine de pensionnaires, il était devenu le siège d'une importante bibliothèque et un lieu d'enseignement (L'enseignement (du latin "insignis", remarquable, marqué d'un signe, distingué) est une pratique d'éducation visant à développer les connaissances d'un élève par le biais de...), tandis que l'acquisition (En général l'acquisition est l'action qui consiste à obtenir une information ou à acquérir un bien.) de terres et de rentes avait permis d'accroître le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de pensionnaires. Des travaux étaient urgents pour le nouveau proviseur du collège.

Richelieu chargea donc son architecte (L'architecte est le professionnel du bâtiment dont la fonction est de concevoir et de diriger la réalisation d'une œuvre d'architecture pour le compte d'un propriétaire...), Jacques Lemercier, de reconstruire l'ensemble afin de répondre aux exigences et au goût (Pour la faculté de juger les belles choses, voir Goût (esthétique)) de l'époque. Le premier projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et l’intégration d’une...) consistait à raser les bâtiments gothiques du collège et de son voisin méridional, celui de Calvi, tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) en conservant la chapelle. Celle-ci, modernisée et agrandie, aurait servi de séparation (D'une manière générale, le mot séparation désigne une action consistant à séparer quelque chose ou son résultat. Plus particulièrement il est employé dans plusieurs domaines :) entre deux cours de taille égale. Les travaux de démolition étaient en cours depuis 1629 quand Richelieu, conforté dans sa situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un espace par rapport à son environnement proche ou non. Il inscrit un lieu dans...) de premier ministre après la journée des dupes, fit retravailler le projet dans un sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but l'extension radicale de l'espérance de vie humaine. Par une...) plus ambitieux.

On abandonna le système des cours jumelles (On désigne par le terme jumelles un dispositif optique binoculaire grossissant destiné à l'observation d'objets à distance, constitué de deux lunettes symétriques montées en parallèle.) au profit d'une grande cour unique s'étendant au nord d'une nouvelle chapelle. Celle-ci prit rapidement des proportions monumentales, recouvrant tout l'espace jadis occupé par le collège de Calvi. Les travaux de reconstructions commencèrent en mai 1635 et le gros œuvre était presque terminé à la mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus général, incluant par exemple la mort des étoiles). Chez les...) du cardinal en 1642. Seule la chapelle, aujourd'hui considérée comme le chef-d'œuvre de Lemercier et de l'architecture (L’architecture peut se définir comme l’art de bâtir des édifices.) classique parisienne restait inachevée. La duchesse d'Aiguillon, héritière de Richelieu et exécutrice de son testament, dirigea la fin des travaux.

Le Palais de Nénot

Plan de la nouvelle Sorbonne, d'après Henri-Paul Nénot

Pour les différentes causes exposées plus haut, la reconstruction du complexe de la Sorbonne devint une affaire d'État qui traversa tout le XIXe siècle. Divers aménagements permirent d'aller au plus urgent, mais dans le dernier quart du siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée d'une génération humaine et faisait 33 ans...), la chose était plus pressante que jamais : la république positiviste faisait de l'éducation publique une priorité et l'augmentation du nombre d'étudiants interdisait de reconduire plus avant le statu quo.

Un nouveau concours d'architecte fut donc ouvert dans les années 1880 et remporté par l'élève de Charles Garnier ( Saint Charles Garnier est un des huit martyrs canadiens. Charles Garnier est un architecte français. ), Henri-Paul Nénot. Il reprenait l'idée de Léon Vaudoyer de construire non plus un collège mais un véritable palais des sciences et des lettres. Refusant les tentations néogothiques qu'on voyait s'épanouir en Grande-Bretagne (La Grande-Bretagne (en anglais Great Britain) est une île bordant la côte nord-ouest de l'Europe continentale. Elle représente la majorité du territoire...) ou en Belgique pour les nouveaux collèges de Cambridge ou l'université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études...) de Gand, il livra un très bel (Nommé en l’honneur de l'inventeur Alexandre Graham Bell, le bel est unité de mesure logarithmique du rapport entre deux puissances, connue pour exprimer la puissance du son. Grandeur sans dimension en dehors du...) exemple du classicisme haussmannien. Nénot déclara "l'université ne peut se passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) de la tradition de l'architecture latine et a besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes catégories :...) de proportions et de règles dans ses bâtiments".

Son projet était à la fois simple et grandiose. La surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a plusieurs acceptions, parfois objet géométrique, parfois frontière...) à lotir avait été étendue à un vaste îlot tout en longueur (La longueur d’un objet est la distance entre ses deux extrémités les plus éloignées. Lorsque l’objet est filiforme ou en forme de lacet, sa longueur est celle de...) compris entre les rues Saint-Jacques, Cujas, des écoles et de la Sorbonne. Le terrain présentait une forte déclivité, s'élevant de façon importante au sud, suivant les pentes de la Montagne (Une montagne est une structure topographique significative en relief positif, située à la surface d'astres de type tellurique (planète...) Sainte-Geneviève. La chapelle, devenue monument historique (Différents pays ont choisi de classer leurs monuments historiques selon différentes appellations.) et occupant une surface importante au centre du site, devait être conservée. Ce n'était donc pas un ensemble facile à mettre en valeur. Nénot y délimita trois ensembles qui permettent véritablement de considérer son bâtiment comme un complexe regroupant plusieurs monuments, séparés par des rues intérieures transversales, les galeries Robert de Sorbon et Jean de Gerson :

  • au nord, sur la rue des écoles, il créa un vaste palais académique, destiné à recevoir l'administration du rectorat, la chancellerie de l'université et les secrétariats des deux facultés qui devaient occuper le site.
  • au sud, un ensemble d'ailes assez basses, organisées autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne à 31 espèces d'oiseaux qui, soit appartiennent au genre Accipiter, soit constituent les 5 genres...) de cours nombreuses et aménageables, destiné à accueillir les laboratoires de la faculté des sciences. Chaque département y disposait de locaux spécialement adaptés à sa discipline.
  • entre les deux, un ensemble généraliste autour d'une cour d'honneur, regroupant de vastes salles, de grands amphithéâtres et une bibliothèque centrale, apte à accueillir toutes sortes d'enseignements, mais en particulier ceux de la faculté des lettres.

Le Palais

Le grand vestibule, sur la rue des Écoles
L'escalier (L’escalier est une construction architecturale constituée d'une suite régulière de marches, les degrés, permettant d'accéder à un étage, de passer d'un niveau à...) d'honneur vers le vestibule

Chaque ensemble était construit selon un thème architectural. Le palais, au Nord, était ainsi la seule partie entièrement conçue dans des matériaux (Un matériau est une matière d'origine naturelle ou artificielle que l'homme façonne pour en faire des objets.) nobles, affichant sur les rues comme dans les cours un appareil de pierre de taille sommé de grands toits pentus d'ardoise (L'ardoise est une roche métamorphique qui s'est formée dans de fortes conditions de pression et de température. Elle appartient à la famille des schistes dont elle se distingue par la qualité de...). Sa façade principale, sur la rue des écoles, au nord, était édifiée dans un style néo-Renaissance des plus grandiloquents. Au premier étage, d'immenses fenêtres à meneaux de pierre marquaient ainsi cette inspiration. À l'intérieur, un grand vestibule de pierre claire décoré de reliefs et de statues s'ouvrait sur un monumental escalier à double révolution desservant un grand amphithéâtre plus proche d'une salle de spectacles que d'une salle de cours. Il était décoré dans des tons de vert (Le vert est une couleur complémentaire correspondant à la lumière qui a une longueur d'onde comprise entre 490 et 570 nm. L'œil humain possède un récepteur, appelé cône M, dont la...), couleur (La couleur est la perception subjective qu'a l'œil d'une ou plusieurs fréquences d'ondes lumineuses, avec une (ou des) amplitude(s) donnée(s).) traditionnellement attachée au savoir et très présente dans le bâtiment. Son mur (Un mur est une structure solide qui sépare ou délimite deux espaces.) de scène fut confié au peintre Puvis de Chavannes qui y figura le bois sacré de la connaissance. L'escalier menait à un palier à éclairage zénithal largement ouvert sur le rez de chaussé, faisant ainsi office de puits de lumière (La lumière est l'ensemble des ondes électromagnétiques visibles par l'œil humain, c'est-à-dire comprises dans des longueurs d'onde de 380nm (violet) à 780nm...). Un vaste péristyle (Un péristyle (du grec περ?στυλον peristulon) est une galerie de colonnes faisant le tour d'un édifice à l'intérieur de son mur d'enceinte. Ce qui...) en dessinait les contours et soutenait une verrière dont le médaillon central figurait les armes de Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région d’Île-de-France. Cette ville est construite sur une boucle de la Seine, au centre du bassin parisien, entre les confluents de la Marne et de...) en vitrail (Le vitrail est une composition décorative formée de pièces de verre. Celles-ci peuvent être blanches ou colorées et peuvent recevoir un...). Au dessus du vestibule, depuis le palier, on accédait à une enfilade de salons ouvrant sur la rue et destinés à accueillir les cérémonies de l'université et du rectorat. Cette partie, particulièrement prestigieuse regorgeait de peintures murales évoquant les grands moments de l'université de Paris (L’Université de Paris était l’une des plus importantes et des plus anciennes universités médiévales. Apparue au XIIe siècle, elle est reconnue par le roi Philippe...), de la concession de Saint-Louis à l'inauguration de la nouvelle Sorbonne.

Au rez-de chaussée, le vestibule s'ouvrait à ses extrémités sur deux galeries, les amphithéâtres Michelet et Quinet à l'est et les bureaux du rectorat à l'ouest (L’ouest est un point cardinal, opposé à l'est. C'est la direction vers laquelle se couche le Soleil à l'équinoxe, le couchant (ou ponant).). Les deux galeries, bordées d'arcades de pierre de taille garnies de boiseries et de peintures figurant les principales villes de l'histoire universelles, longeaient le grand amphithéâtre et aboutissaient, après une volée de marches, à la galerie Robert de Sorbon. Elles étaient longées vers l'extérieur de l'îlot par deux cours éclairant les secrétariats des deux facultés résidentes. L'ensemble possédait une grande lisibilité puisque toute la partie ouest, rectorat excepté était dévolue à l'administration de la faculté des lettres, tandis qu'en symétrique, toute la partie est était dévolue à l'administration de la faculté des sciences. Au niveau de la galerie Robert de Sorbon, entre les galeries des sciences et des lettres, se trouvait la salle des autorités, communiquant avec la scène du grand amphi. Décorée d'allégories des sciences peintes dans les styles pointilliste et fauve (Fauve se réfère au sens large aux Mammifères carnivores, et en particulier aux moyens à grands félins. Ce terme est également employé pour...), elle était le lieu de préparation et de repos des sommités appelées à intervenir dans le grand amphi et servait de coulisses pour les représentations qui s'y déroulaient.

La Faculté des lettres

L'amphithéâtre Richelieu, au cœur de la nouvelle Sorbonne de Nénot

Commençait ensuite la partie centrale du bâtiment. La cour d'honneur avait été conçue de manière à évoquer une architecture Louis XIII et à ne pas trancher avec la chapelle qui en occupait le bord méridional. Elle était bordée au nord par un auvent à colonnes ouvert dans le rez-de chaussé du bâtiment. Elle s'ouvrait sur la rue à l'ouest par une porte cochère et sur le hall des amphis à l'ouest. Celui-ci était une réplique plus modeste du grand vestibule du palais. Il s'ouvrait sur un escalier menant à la bibliothèque et sur cinq salles de cours : les amphithéâtres Descartes, Guizot, Turgot et Richelieu, ainsi que sur la salle Louis Liard, anciennement salle des doctorats. Les trois premiers étaient des salles rectangulaires à gradins, ornés de boiseries basses et d'une peinture au dessus de l'estrade. Derrière chaque estrade se trouvait un bureau pour que le professeur puisse recevoir ses étudiants. L'amphithéâtre Richelieu était de conception très différente (En mathématiques, la différente est définie en théorie algébrique des nombres pour mesurer l'éventuel défaut de dualité d'une application...), puisqu'il était rond ( Le mot rond caractérise et par abus de langage désigne un cercle ou une sphère. En argot, un rond c'est un sou. Une affaire rondement menée est une affaire traitée...). Là encore, boiseries et peinture en décoraient les murs. Autre spécificité, ces derniers étaient vert pomme (La pomme est le fruit du pommier, arbre fruitier largement cultivé. L'étude de la culture des pommes constitue une partie de la pomologie, la pomologie englobant...) et ornés sur toute leur hauteur (La hauteur a plusieurs significations suivant le domaine abordé.) de motifs floraux. La salle Louis Liard, enfin, était une salle prestigieuse destinée aux soutenances de doctorat (Le doctorat (du latin doctorem, de doctum, supin de docere, enseigner) est généralement le grade universitaire le plus élevé. Le titulaire de ce grade est le docteur. Selon les...) et aux réunions académiques. Son décor était néo-rococo et un grand portrait du Cardinal de Richelieu trônait au dessus de l'estrade. À l'arrière, ici encore, on trouvait une petite salle destinée à la délibération des jurys de doctorat.

Salle de lecture de la Bibliothèque

À l'étage, sur toute la longueur de la cour, s'étendait la vaste bibliothèque de la Sorbonne Afin de ne pas réduire la luminosité (La luminosité désigne la caractéristique de ce qui émet ou réfléchit la lumière.) en obstruant une partie des fenêtres avec des rayonnages, elle fut dès le début une bibliothèque avec peu de livres en libre accès. De part et d'autre de l'entrée, où se situait le guichet et les catalogues, s'organisaient deux espaces de lecture : les lettres au nord et les sciences au sud. Le long vaisseau était décoré de deux scènes historiques à ses extrémités et les murs étaient recouverts de toiles marouflées aux grands motifs art nouveau dans des tons vert-d'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.). Un système de ventilation très novateur était ménagé dans les frises (Une frise est une bande horizontale dont la vocation est de recevoir un décor.) en fontes du plafond (Par extension, un plafond représente le maximum de quelque chose :) et permettait de chauffer la salle en hiver (L'hiver est une des quatre saisons des zones tempérées.). Sur les cours intérieures, au dessus des amphithéâtres Turgot et Guizot, s'élevaient cinq puis huit étages de magasins. Des salles séparées, pour les professeurs et pour accueillir la bibliothèque de Victor Cousin, jouxtaient la grande salle. Au même niveau que la bibliothèque, sur la rue Saint-Jacques se situaient les deux musées de l'université, celui de minéralogie et celui de (aide bienvenue), qui complétaient ces archives du savoir.

Cette partie du bâtiment était la plus récente et on pouvait y constater un changement dans le goût dominant : le décor y faisait une plus large part au bois et aux toiles peintes. L'influence du style art-nouveau était palpable. Les escaliers de cette partie centrale du bâtiment étaient ainsi décorés des mêmes toiles peintes aux délicats motifs vert-d'eau que la bibliothèque, bien qu'elles aient été par la suite recouvert d'un badigeon beige. Le contraste était donc saisissant avec la décoration du palais, juste à côté, décoré dans le style triomphant et propagandiste si cher aux débuts de la troisième république. Le long des rues extérieurs, s'échelonnaient quatre étages de salles de cours. Sur la rue Saint-Jacques, se trouvait une tour à deux coupoles destinée à accueillir l'observatoire de la Sorbonne. Par souci d'économie, seules les façades sur les rues et la cour d'honneur furent ici réalisées en pierre de taille; les ailes donnant sur les cours intérieures étaient en brique.

La Faculté des Sciences

Les bâtiments de la faculté des sciences, avec leur appareil de pierre et de brique, depuis l'école de droit de Paris

Cet ensemble était traversé sur toute sa longueur par la galerie Richelieu, qui s'achevait au sud par une nouvelle volée de marches destinées à compenser la pente de la montage. Au sud s'étendaient les bâtiments de la faculté des sciences, avec seulement deux à trois étages en moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de quantités : elle exprime la grandeur qu'auraient...) et réalisés dans un style industriel mêlant appareil de briques et auvents métalliques. Cette section du bâtiment comportait surtout des laboratoires et des bureaux mais aussi quelques beaux amphithéâtres : ceux de chimie (La chimie est une science de la nature divisée en plusieurs spécialités, à l'instar de la physique et de la biologie avec lesquelles elle partage des espaces d'investigations communs ou proches.) et de géologie (La géologie, du grec ancien γη- (gê-, « terre ») et λογος (logos,...), notamment au niveau de l'entrée. Il s'agissait de deux amphithéâtres ronds en boiseries, et dont le haut de l'estrade était peint de paysages dans un style néo-impressionniste. Ce sont actuellement les amphithéâtres Bachelard et Oury (dits de gestion).

Un monument menacé ?

Si le complexe de Nénot put sembler lors de son inauguration aussi grandiloquent que sur-dimensionné, l'université de Paris ne comptant en 1914 que 17308 étudiants, il fallut bien vite l'adapter à un afflux d'étudiants toujours plus nombreux. Le plan de Nénot fut donc modifié peu à peu pendant tout le XXe siècle, au gré de l'évolution de la démographie (La démographie (en grec δημογραφία, de l'ancien grec δήμος = demos...). Dans le bâtiment lui-même, on chercha ainsi à gagner de l'espace d'enseignement en couvrant le rez-de chaussé des cours intérieures de l'ancienne faculté des sciences pour y créer des amphithéâtres. Ces structures de piètre qualité occupent à l'heure (L’heure est une unité de mesure du temps. Le mot désigne aussi la grandeur elle-même, l'instant (l'« heure qu'il est »), y compris en sciences...) actuelle huit des onze cours du bâtiment et accueillent des services aux étudiants, des sanitaires et des salles de travail, alors que la vocation de ces espaces était de ménager des respirations dans un îlot de très grande taille. De même, leurs toits de graviers, installés sans se soucier de l'esthétique générale du monument, sont actuellement, faute d'entretien, envahis par des plantes parasites. La bibliothèque a été soumise au même problème et a dû trouver de nouveaux espaces de stockage quand ses cinq étages de magasins ont été pleins. On a d'abord commencé par construire trois nouveaux étages avant d'utiliser les caves. À l'heure actuelle, seul le creusement d'un silo sous la cour d'honneur ou le stockage de livres hors de Paris permettraient d'accroître les collections.

L'événement le plus important de ce siècle pour le monument a sans doute été le démembrement de l'université et la multiplication (La multiplication est l'une des quatre opérations de l'arithmétique élémentaire avec l'addition, la soustraction et la division .) subséquente de ses occupants. Chaque institution a en effet sa propre politique concernant le bâtiment, en dépit de l'autorité théorique de la Mairie de Paris et de la Chancellerie des Universités sur la gestion du complexe. La chose est saisissante quand on arpente les couloirs : suivant l'occupant des murs, ceux-ci peuvent passer du blanc (Le blanc est la couleur d'un corps chauffé à environ 5 000 °C (voir l'article Corps noir). C'est la sensation visuelle obtenue avec un spectre lumineux continu, d'où l'image que l'on en...) immaculé au jaune (Il existe (au minimum) cinq définitions du jaune qui désignent à peu près la même couleur :) sale. L'installation non concertée de gaines techniques (électricité, téléphone (Le téléphone est un système de communication, initialement conçu pour transmettre la voix humaine.), réseau (Un réseau informatique est un ensemble d'équipements reliés entre eux pour échanger des informations. Par analogie avec un filet (un réseau est un « petit rets », c'est-à-dire un...) local) par chacun des acteurs pose en outre des problèmes importants, à tel point (Graphie) que la réfection globale de ces réseaux fait partie des missions assignées par la mairie de Paris à la campagne (La campagne, aussi appelée milieu rural désigne l'ensemble des espaces cultivés habités, elle s'oppose aux concepts de ville, d'agglomération ou de milieu urbain. La campagne est caractérisée par une...) de mise en sécurité de la Sorbonne.

Une autre menace, qui ne pèse plus sur l'intégrité du monument, mais sur sa vocation, est dénoncée depuis plusieurs années par les étudiants du complexe: il s'agit de la mainmise toujours plus importante des services de la chancellerie sur le bâtiment. Le rapport Larrouturou sur l'immobilier universitaire parisien s'en est également étonné, dans la mesure où la chancellerie possède de nombreux autres immeubles dans Paris. Il est vrai que, théoriquement, celle-ci attribue les espaces qui se libèrent dans le complexe au fil des départs, mais elle s'en est attribué plusieurs, notamment dans l'ancienne faculté des sciences, faisant craindre aux organisations étudiantes une politique de grignotage (Le grignotage peut renvoyer :) et d'expulsion des étudiants. Il n'est pas faux qu'un certain nombre de précédents existent, notamment en ce qui concerne le palais académique, qui abritait le rectorat et la chancellerie, mais aussi les secrétariats des facultés. Or ces derniers font aujourd'hui partie des espaces attribués à la chancellerie.

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