Lycée de jeunes filles - Définition et Explications

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Introduction

En France, un lycée de jeunes filles était un établissement public d'enseignement secondaire. Institués par la loi Camille Sée de 1880, les lycées publics de jeunes filles ont perduré jusqu'aux années « 1960 » avant que la mixité ne se généralise dans tous les lycées de garçons comme de filles qui deviennent alors des « lycées mixtes » puis des « lycées » et enfin des « lycées régionaux » presque tous polyvalents car comprenant les trois voies : générale, technologique et professionnelle.

Historique en France

Avant 1880, seuls existent les lycées de garçons permettant à ceux-ci de préparer le baccalauréat (Le baccalauréat (altération du bas-latin bachalariatus, désignant un rang de débutant d'abord dans la chevalerie, et puis dans la hiérarchie religieuse et universitaire ou de...)

Julie-Victoire Daubié (Julie-Victoire Daubié, née le 26 mars 1824 à Bains-les-Bains (Vosges) et décédée le 26 août 1874 à Fontenoy-le-Château, est une journaliste française. C'est la première femme...) âgée de 37 ans en 1861

Les lycées de garçons, institués par la loi du 1er mai 1802, sont alors les seuls établissements d'enseignement (L'enseignement (du latin "insignis", remarquable, marqué d'un signe, distingué) est une pratique d'éducation visant à développer les connaissances d'un...) habilités à préparer leurs élèves au baccalauréat. Leur nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) passe de 36 en 1812 à 46 en 1843 puis 81 en 1868.

Les rares jeunes filles ou femmes qui désirent alors se présenter au baccalauréat doivent s'y préparer par leurs propres moyens notamment en recourant aux leçons particulières données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) par les enseignants hommes (professeurs agrégés, maîtres et chargés de cours) des lycées de garçons. Ne peuvent donc s'y présenter que celles manifestant de réelles aptitudes, à la volonté suffisamment affirmée et aux parents à la fois compréhensifs et fortunés. Et cette situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un espace par rapport à son environnement proche ou non. Il inscrit un lieu...), officiellement, perdurera jusqu'en 1924.

C'est Julie-Victoire Daubié (1824-1874), de Fontenoy-le-Château, qui est la première Française à oser prétendre se présenter aux épreuves du baccalauréat jusque là réservées à la seule gent masculine. En toute illégalité, l'Université de Paris (L’Université de Paris était l’une des plus importantes et des plus anciennes universités médiévales. Apparue au...) lui refuse le droit de s'inscrire sous le prétexte qu'elle est une femme. C'est à Lyon qu'elle est enfin admise à s'inscrire pour présenter les épreuves du baccalauréat. Le jury, entièrement masculin, la déclare cependant reçue le 16 août 1861 au baccalauréat ès lettres. Mais elle devra attendre son diplôme (Le diplôme (grec ancien :δίπλωµα, diploma signifiant « plié en deux ») est un acte écrit émanant...) jusqu'à ce que Gustave Rouland, le ministre de l'instruction publique (Le ministère de l'Instruction publique est le nom donné à l'actuel ministère de l'Éducation nationale, de la Révolution à 1932 en France. Par extension on peut rencontrer la...) de Napoléon III qui s'oppose catégoriquement à le signer, en reçoive finalement l'ordre. Elle fut également la première Française à obtenir la licence ès lettres le 28 octobre 1872 alors qu'elle était une journaliste (Un journaliste est une personne dont l'activité professionnelle est le journalisme. On parle également de reporter (de l'anglais : report,...) économique à la réputation depuis longtemps établie en Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme l’extrémité occidentale du...). Sa vie (La vie est le nom donné :) témoigne de son combat pour le droit de vote des femmes comme pour leur accès à l'éducation et à l'enseignement supérieur au même titre que les hommes.

Mais, en 1880, on débat (Un débat est une discussion (constructive) sur un sujet, précis ou de fond, annoncé à l'avance, à laquelle prennent part des individus ayant des avis, idées, réflexions ou opinions divergentes pour le sujet considéré. Un débat...) de l'instruction (Une instruction est une forme d'information communiquée qui est à la fois une commande et une explication pour décrire l'action, le comportement, la...) secondaire des jeunes filles et de la place des femmes dans la société

Jules Ferry (Jules Ferry, né le 5 avril 1832 à Saint-Dié (Vosges) et mort le 17 mars 1893 à Paris, est un homme politique français.)

C'est après la victoire des Républicains aux élections de 1879 et sous le premier ministère Jules Ferry (président du conseil et ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts) que la proposition de loi du député Camille Sée, « sur l'enseignement secondaire des jeunes filles », est discutée et amendée par la Chambre des députés et Le Sénat.

Dans l'exposé des motifs, le député Camille Sée précise ainsi sa position et celle de ses amis Républicains qui font partie avec lui de l'entourage de Jules Ferry :

« [...] On ne voit pas que les femmes, membres comme nous de la société politique, nos égales, puissent être laissées de côté, quand l'État fait de lourdes dépenses pour l'instruction secondaire et supérieure des garçons. [...] Tant que l'éducation des femmes finira avec l'instruction primaire, il sera presque impossible de vaincre les préjugés, les superstitions, la routine. Les femmes, quoi qu'on fasse, dirigent les mœurs, et c'est par les mœurs, plus encore que par les lois, que se font les peuples. »
« [...] Peu à peu l'habitude s'est introduite, parmi les jeunes filles riches, de passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) l'examen d'institutrice. Elles ont leur diplôme de capacité, comme leurs frères ont leur diplôme de bachelier; et quelques-unes même, prises d'émulation passent l'examen de bachelier avec succès. »
« Il ne s'agit ni de détourner les femmes de leur véritable vocation, qui est d'élever leurs enfants et de tenir leurs ménages, ni de les transformer en savants, en bas-bleus, en ergoteuses. Il s'agit de cultiver les dons heureux que la nature leur a prodigués, pour les mettre en état de mieux remplir les devoirs sérieux que la nature leur a imposés. »
« Nous proposons de commencer par établir, dans de très grandes villes, un nombre restreint de collèges de jeunes filles. »
Camille Sée

Dans son rapport, présenté au nom de la commission nommée pour étudier sa proposition de loi, Camille Sée compare l'enseignement secondaire des jeunes filles en France à celle de nombreux autres pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²),...) dont certains sont en avance dans ce domaine comme les États-Unis et l'Allemagne. Et il fait notamment référence au « principe de l'égalité de l'homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement...) et de la femme devant l'instruction » ... tel qu'il est appliqué ou non aux États-Unis, en Italie, en Russie, en Hollande, en Angleterre (L’Angleterre (England en anglais) est l'une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni. Elle est de loin la plus peuplée, avec 50 763 000 habitants (en 2006), qui représentent 83,8% de la population...), en Écosse, en Autriche, en Suède, en Norvège, en Grèce et en France. 

Avec Jules Ferry et Camille Sée notamment, les protagonistes de cette proposition de loi de 1880 (revue et corrigée par les députés et sénateurs) ont une double volonté. D'abord, évidemment, celle de promouvoir - pour une minorité de jeunes filles notamment d'origine bourgeoise - une éducation secondaire publique et laïque mais non gratuite pour entamer le quasi-monopole qu'exerçaient jusqu'alors les établissements secondaires privés surtout religieux. Mais leur deuxième volonté est d'exclure de ces lycées publics de jeunes filles l'enseignement des langues anciennes (grec et latin). Ils expriment ainsi leur farouche opposition à ce qu'elles puissent accéder aux humanités (Le terme humanités a longtemps désigné les disciplines traitant des langues et de la littérature anciennes, c'est-à-dire essentiellement le latin et le grec.) classiques et donc au baccalauréat où une bonne connaissance du latin est indispensable même pour le baccalauréat scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les méthodes scientifiques.). Ils sont donc favorables à l'instruction publique des jeunes filles à condition que celles-ci ne viennent pas concurrencer la gent masculine et notamment les hommes de la bourgeoisie dans leurs activités et professions réservées. Ces protagonistes de l'instruction publique et laïque des filles ne s'en sont d'ailleurs jamais cachés et Camille Sée, dans ses déclarations officielles, a été très clair à ce sujet. Pour commémorer le vote de sa proposition de loi, celui-ci a même fait graver une médaille sur laquelle il a fait inscrire la sentence « Virgines futuras vivorum matres respublica docet » à savoir « La République instruit les jeunes filles qui seront les mères des hommes ».

La loi dite Camille Sée du 21 décembre 1880 institue des lycées publics de jeunes filles ne préparant pas au baccalauréat

La loi sur l'enseignement secondaire des jeunes filles a été promulguée le 21 décembre 1880 par le Président de la République Jules Grévy et contresignée par Jules Ferry président du conseil et ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts. Conformément au décret puis aux arrêtés ministériels d'application de ladite loi, notamment ceux du 14 janvier 1882 signés par le ministre Paul Bert (Paul Bert, (19 octobre 1833, Auxerre - 11 novembre 1886, Hanoï), est un physiologiste et un homme politique français.), « les établissements publics d'instruction secondaire pour les jeunes filles sont ou des lycées de l'État ou des collèges communaux ». Dans ces lycées de jeunes filles, les élèves admises sur examen à la première des cinq années d'instruction secondaire devront être âgées au minimum de douze ans révolus. Ces cinq années d'études secondaires sont alors réparties en deux périodes. La première comprend les trois premières années dont les enseignements et les horaires sont précisés ci-après.

Jules Grévy
Paul Bert

A la fin de chacune de ces deux premières années d'études, les lycéennes doivent réussir un examen de passage pour prétendre passer dans la classe supérieure. À la fin de leur troisième année, les élèves peuvent alors se présenter tau « Certificat d'études secondaires » (CES) qui leur permet, pour celles qui le souhaitent, d'accèder à la classe de quatrième année.

À noter qu'en 1895, aux enseignements de troisième année précisés par l'arrêté de 1882, se sont ajoutés les enseignements de « gymnastique », de « travaux à l'aiguille » et d' « histoire de l'art » tels qu'ils sont notés ci-dessus sur le diplôme du Certificat d'études secondaires (CES) délivré en 1895. Elles ont aussi la possibilité de passer le « Brevet élémentaire » (BE) qui ressort lui de l'enseignement primaire et qui permet alors d'y enseigner. Les jeunes filles et donc les femmes qui en sont titulaires peuvent être recrutées comme institutrices (d'abord remplaçantes) dans le public comme dans le privé voire même ouvrir et diriger un cours privé par exemple de classes enfantines ou élémentaires. Et à fortiori celles qui sont titulaires du Brevet supérieur.

La seconde ( Seconde est le féminin de l'adjectif second, qui vient immédiatement après le premier ou qui s'ajoute à quelque chose de nature identique. La seconde est une unité...) période comprend deux années, celle de quatrième puis celle de cinquième année à l'issue de laquelle les élèves peuvent se présenter au « Diplôme d'études secondaires » mais aussi au « Brevet supérieur » qui ressort lui de l'enseignement primaire supérieur et permet alors aux jeunes filles d'accéder à des emplois du privé comme à ceux du public. Et, dans le public, non seulement aux postes d'institutrices (d'abord remplaçantes) puis de directrices d'école primaire élémentaire mais aussi à ceux de maîtresses de cours complémentaire ou d'École primaire supérieure (EPS) ainsi qu'à ceux de répététrices, maîtresses de spécialité, chargées de cours ou membres du personnel administratif des lycées de jeunes filles et enfin à de nombreux postes des autres administrations recrutant par concours ou directement.

Mais le Brevet supérieur ne permet pas d'accéder à la fonction de professeur des collèges et lycées de jeunes filles. En effet, il faut réussir au concours national de l'agrégation pour être nommée professeur agrégée. Et c'est pourquoi, la loi du 29 juillet 1881 a institué l'École normale supérieure de Sèvres chargée de former - promotion par promotion - la majorité des professeurs agrégées femmes enseignant dans ces lycées qui vont être créés progressivement.

En France, le premier lycée de jeunes filles a été créé en 1882 à Montpellier (Hérault) à l'initiative de son conseil municipal et de son maire (Le maire représente l'autorité municipale. Dans de nombreux cas, il est le détenteur du pouvoir exécutif au niveau d'une ville ou communal en France et au...) Alexandre Laissac. C'est le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts sollicité par le maire de Montpellier qui, après négociation (La négociation est la recherche d'un accord, centrée sur des intérêts matériels ou des enjeux quantifiables entre deux ou plusieurs interlocuteurs (on ne négocie pas avec soi-même, on délibère), dans un temps limité. Cette...), a signé le décret du 10 janvier 1882 portant création d'un lycée national de jeunes filles à Montpellier. Huit ans plus tard, en 1888, on en compte déjà vingt-trois et, en 1893, trente six. Par ailleurs, comme les lycées de garçons, la plupart de ces lycées de jeunes filles - implantés dans les quartiers bourgeois des centre-villes - comportent des classes enfantines et des classes élémentaires (le « Petit lycée ») dont les programmes d'enseignement ne sont pas ceux des écoles primaires élémentaires publiques créées par les lois dites Jules Ferry. Classes élémentaires des lycées que deux ministres tentent vainement de supprimer : Édouard Herriot dans les années 1920 et Jean Zay (Jean Zay est un homme politique français, né à Orléans (Loiret) le 6 août 1904 et mort assassiné par des miliciens à Molles (Allier) le 20 juin 1944. Il a été ministre de...) ministre radical du gouvernement de Front populaire dans son projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le...) de réforme de 1937.

En 1880-1882, les lycées de jeunes filles ont donc été organisés différemment des lycées de garçons tant en ce qui concerne leurs programmes d'enseignement (proches de ceux des écoles primaires supérieures) que leur nombre d'années d'études et les examens préparés. En effet, les lycées de jeunes filles préparent d'abord, à la fin de la première période de trois ans, au certificat d'études secondaires (CES) et éventuellement au brevet élémentaire (BE). Puis, à la fin de la deuxième période des quatrième et cinquième années, au diplôme d'études secondaires et le plus souvent au brevet supérieur (BS). Brevet supérieur qui est en fait le diplôme clef (Au sens propre, la clef ou clé (les deux orthographes sont correctes) est un dispositif amovible permettant d'actionner un mécanisme.) de voûte (Une voûte (ou voute) est un élément architectural de couvrement intérieur d'un édifice présentant un intrados. La voûte travaille comme un arc et son équilibre suppose la reprise d'efforts de...) de l'enseignement primaire supérieur (c'est à dire du cursus « populaire ») préparé tant dans les cours complémentaires que dans les Écoles primaires supérieures (EPS) et dans les Écoles normales primaires. Et brevet supérieur qui, contrairement au baccalauréat préparé dans les lycées de garçons (publics et privés), ne donne pas accès à l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études...) et ne permet donc pas aux lycéennes d'accéder aux classes préparatoires, aux facultés et aux grandes écoles.

Les lycées de jeunes filles ressortent certes du cursus « bourgeois » (enseignement secondaire) par leur implantation (Le mot implantation peut avoir plusieurs significations :) urbaine et leur recrutement sociologique particulier mais pour partie seulement car, contrairement aux lycées de garçons, leurs enseignements et leur finalité relèvent de l'enseignement primaire et donc du cursus dit « populaire ». Par là, le législateur de l'époque a voulu empêcher les femmes qui en auraient eu la volonté comme les capacités de concurrencer les hommes dans les professions supérieures.

Cependant, à partir de 1914-18, de plus en plus de lycéennes veulent passer le baccalauréat

Avec la guerre de 1914-18 et la participation accrue des femmes aux activités économiques et aux emplois jusque là réservés aux hommes, les élèves des lycées de jeunes filles sont de plus en plus nombreuses à vouloir passer les épreuves du baccalauréat. Mais, excluant notamment le latin, leurs programmes d'enseignement les y préparent mal et leurs années d'études ne comprennent pas officiellement la 7° année (terminale actuelle) y préparant. De ce fait, certains lycées de jeunes filles sont alors autorisés à organiser pour leurs élèves ces enseignements qui sont alors assurés en supplément et entièrement à la charge (La charge utile (payload en anglais ; la charge payante) représente ce qui est effectivement transporté par un moyen de transport donné, et qui donne lieu à un paiement ou un bénéfice non pécuniaire...) de leurs parents. Enseignements en heures (L'heure est une unité de mesure  :) supplémentaires souvent assurés par des enseignants hommes des lycées de garçons alors autorisés à venir enseigner aux lycéennes.

Les épreuves du baccalauréat sont alors organisées en deux parties. La première normalement à la fin de la 6° année (la classe de première actuelle) avec le choix entre quatre séries : A (latin-grec), B (latin-langues vivantes), C ((latin-sciences) et D (sciences-langues vivantes). La deuxième partie normalement à la fin de la 7° année (la terminale actuelle) avec deux séries. La série philosophie A (latin-grec) ou B (latin-langues) et la série mathématiques (Les mathématiques constituent un domaine de connaissances abstraites construites à l'aide de raisonnements logiques sur des concepts tels que les nombres, les...) A (sciences) ou B (sciences-langues vivantes).

Et à partir de 1924, les lycées de jeunes filles peuvent officiellement préparer au baccalauréat

Léon Bérard
Diplôme de bachelière ès philosophie

La réforme du 25 mars 1924 de Léon Bérard, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, ouvre la voie à l'alignement des programmes d'enseignement des lycées de jeunes filles sur ceux des garçons. Les lycées de jeunes filles vont ainsi être autorisés à préparer officiellement le baccalauréat et donc à demander l'ouverture des classes de sixième et de septième année (terminale). Et c'est ainsi que, progressivement, leurs autorités de tutelle - conseils municipaux des villes, conseils généraux des départements, inspecteurs d'académie (Une académie est une assemblée de gens de lettres, de savants et/ou d'artistes reconnus par leurs pairs, qui a pour mission de veiller aux usages dans leurs disciplines respectives et de publier des...), préfets, recteurs d'académie et ministre de l'instruction publique - vont arrêter les dépenses correspondant à ces ouvertures de classes et de postes pour assurer dans les lycées de jeunes filles les enseignements nécessaires à la préparation des différentes séries du baccalauréat commun aux filles et aux garçons.

Dans les lycées de jeunes filles, les enseignements relevant du secondaire vont donc passer de cinq (voire six années pour ceux qui en étaient déjà pourvus) à sept années d'études pour la préparation du baccalauréat. Ces sept années d'études vont se décomposer en deux périodes. La première période comprenant les quatre premières années qui correspondront par la suite - notamment à partir des décisions du ministre Jean Zay en 1936-37 - aux classes de la 6e à la 3e. La deuxième période comprenant, elle, les trois années suivantes qui vont alors correspondre aux classes de seconde, première et terminale.

Durant les années 1930, au niveau national, les candidates filles au baccalauréat sont encore en proportion inférieure puisqu'on compte une candidate fille seulement pour trois candidats garçons. Les effectifs de terminale dans les lycées de garçons sont donc trois fois supérieurs à ceux des lycées de jeunes filles du fait du retard cumulé depuis 1802 par ceux-ci et non encore comblé. En revanche, par exemple dans l'académie de Rennes (L'Académie de Rennes est la circonscription scolaire et universitaire correspondant géographiquement à la région Bretagne. Elle couvre quatre départements :...), pour les deux sections - philosophie et mathématiques - du baccalauréat, le taux de réussite des filles est en moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de quantités : elle exprime la grandeur qu'auraient chacun des membres de l'ensemble s'ils étaient tous identiques sans...) légèrement supérieur à celui des garçons puisqu'il fluctue de 39,7 % (en 1938) à 44,8% (en 1933) contre 37,1 % (en 1934) à 43,4 % (en 1939) pour les garçons.

Les réformes avortées du Front populaire en 1936-1937 et du Conseil national de la Résistance à la Libération

Léon Blum
Fichier ( Un fichier est un endroit où sont rangées des fiches. Cela peut-être un meuble, une pièce, un bâtiment, une base de données informatique. Par exemple : fichier des...):Jean Zay 001.jpg
Jean Zay

Le projet de réforme de l'enseignement du ministre Jean Zay est adopté le 2 mars 1937 par le gouvernement de Front populaire présidé par Léon Blum. Ce projet visait à démocratiser les enseignements post-élémentaires en substituant aux trois « ordres » cloisonnés existants (le primaire dit « populaire », le secondaire dit « bourgeois » et le technique-professionnel) une toute autre organisation (Une organisation est) à trois degrés successifs avec unification (Le concept d'unification est une notion centrale de la logique des prédicats ainsi que d'autres systèmes de logique et est sans doute ce qui distingue le plus Prolog des autres...) du primaire et constitution d'un secondaire aux programmes harmonisés et à classe préalable d'orientation (Au sens littéral, l'orientation désigne ou matérialise la direction de l'Orient (lever du soleil à l'équinoxe) et des points cardinaux (nord de la boussole) ;) pour les élèves titulaires d'un certificat d'études primaires (CEP) élémentaires rénové. Il prévoyait donc la mise en place d'un enseignement secondaire unifié et rénové à partir d'une classe de 6° d'orientation.

La réalisation de ce projet impliquait la disparition des classes enfantines et des classes élémentaires (de la 11° à la 7°) des lycées de jeunes filles. Cela aurait donc obligé, dans un premier temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.), les parents des élèves normalement scolarisées au « Petit lycée » à envoyer leurs filles dans les écoles élémentaires de quartier. Et, de plus, elles auraient dû y être admises au certificat d'études primaires pour prétendre intégrer une 6° d'orientation mais pas forcément dans le lycée qu'elles auraient dû normalement fréquenter. En effet, selon les critères retenus, elles auraient pu tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) aussi bien intégrer une 6° d'orientation non dans ledit lycée mais dans celle d'un cours complémentaire ou dans une école primaire supérieure puisque tous ces établissements auraient été unifiés. De plus, à l'issue de cette 6° d'orientation, elles auraient été orientées, suivant leurs capacités révélées, dans une des trois sections projetées : classique, moderne ou technique. Un diplôme d'État aurait alors sanctionné leurs quatre premières années d'études secondaires de la 6° à la 3°. Avec, pour celles l'ayant obtenu dans les sections classique et moderne, la possibilité durant les trois années suivantes - de la seconde à la terminale - de préparer le baccalauréat moderne ou classique.

Cependant, après la « révolution par la loi » des réformes dites Jules Ferry en 1879-1882 concernant les enseignements élémentaires, ce projet de nouvelle « révolution par la loi » des enseignements post-élémentaires ne put, lui, être voté par la représentation nationale. A part quelques adaptations mineures, les lycées publics de jeunes filles conservent donc alors leur mode de recrutement particulier et leur organisation qui relèvent toujours du cursus dit « bourgeois ».

De Gaulle France libre
P. Pétain État français

Le régime de Vichy (1940 à 1944), instauré par Philippe Pétain, restaure la contribution financière (supprimée en 1933) demandée aux parents des lycéennes non boursières ce qui rétablit la sélection sociologique de leur recrutement. Il remet aussi en cause le principe de laïcité dans les lycées publics de jeunes filles où vont s'appliquer ses lois racistes et répressives tant à l'encontre des personnels que des élèves. Ayant supprimé, le 15 août 1941, et les Écoles normales primaires et le diplôme du Brevet supérieur, les élèves-maîtresses alors recrutées vont être intégrées aux classes des lycées de jeunes filles pour y préparer en trois ans le baccalauréat. Mais, dans la clandestinité, le 15 mars 1944, le Conseil national de la Résistance (CNR) adopte son programme de gouvernement incluant une grande réforme de l'enseignement. Réforme qui prévoit « la possibilité effective, pour les enfants français, de bénéficier de l'instruction et d'accéder à la culture (La Culture est une civilisation pan-galactique inventée par Iain M. Banks au travers de ses romans et nouvelles de science-fiction. Décrite avec beaucoup de précision et de détail, La Culture peut être...) la plus développée (En géométrie, la développée d'une courbe plane est le lieu de ses centres de courbure. On peut aussi la décrire comme l'enveloppe de la famille des droites normales à la courbe.), afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance, mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires. »


A la Libération est donc instituée une commission de réforme de l'enseignement pour mettre en oeuvre le programme du CNR.

Le 8 novembre 1944, René Capitant - ministre de l'Éducation nationale du gouvernement provisoire de la République française (GPRF) présidé par Charles de Gaulle - institue donc par décret une commission d'études chargée de proposer une réforme de l'enseignement avec les moyens de la réaliser sous la présidence du physicien (Un physicien est un scientifique qui étudie le champ de la physique, c'est-à-dire la science analysant les constituants fondamentaux de l'univers et les forces qui les relient. Le mot...) Paul Langevin (1872-1946) auquel succédera le psychologue Henri Wallon (1879-1962). Le projet de ladite commission - appelé Plan Langevin-Wallon (Le plan Langevin-Wallon est le nom donné au projet global de réforme de l'enseignement et du système éducatif français élaboré à la Libération conformément au...) - prévoyait un premier degré (Le mot degré a plusieurs significations, il est notamment employé dans les domaines suivants :) obligatoire pour tous les élèves jusqu'à 18 ans et comprenant, après la maternelle, trois cycles : le premier de 7 à 11 ans, le second de 12 à 15 ans et le troisième de 16 à 18 ans. Projet prévoyant, comme celui de Jean Zay en 1937, et la suppression des classes enfantines et élémentaires des lycées et l'abolition des barrières ségrégatives entre cours complémentaires et classes de la 6° à la 3° des collèges (comprenant depuis 1941 les EPS) et des lycées par l'unification des programmes. De plus, pour le troisième cycle scolaire en trois ans - cycle de détermination - le projet prévoyait de rendre obligatoire la scolarité jusqu'à l'âge de 18 ans et donc la répartition de tous les élèves dans une des trois sections : la section pratique (dite depuis professionnelle) constituée par les écoles d'apprentissage (L’apprentissage est l'acquisition de savoir-faire, c'est-à-dire le processus d’acquisition de pratiques, de connaissances, compétences, d'attitudes ou de valeurs culturelles, par l'observation,...) et les centres d'apprentissage (devenus lycées professionnels), la section professionnelle (dite depuis technique ou technologique) constituée par les écoles professionnelles commerciales, industrielles, agricoles et artistiques et la section théorique (dite générale) constituée par les établissements préparant aux baccalauréats (humanités classiques, sciences pures, sciences techniques).

Mais ce projet n'est remis par la commission officielle que 31 mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) plus tard au nouveau ministre Marcel Naegelen du 2° gouvernement Paul Ramadier qui vient de renvoyer les cinq ministres communistes (dont le vice-président du conseil Maurice Thorez). Le projet semble alors mort-né car le consensus de la Résistance et de la Libération a disparu avec la fin du tripartisme dans le nouveau contexte (Le contexte d'un évènement inclut les circonstances et conditions qui l'entourent; le contexte d'un mot, d'une phrase ou d'un texte inclut les mots qui l'entourent. Le...) de guerre froide planétaire (Un planétaire désigne un ensemble mécanique mobile, figurant le système solaire (le Soleil et ses planètes) en tout ou partie....) et d'inflation permettant à l'État de financer le coût de la guerre coloniale en Indochine.

Et c'est finalement sous la Ve République que s'opère la transmutation (La transmutation est la transformation d'un élément chimique en un autre par une modification du noyau atomique de l'élément. Elle est aussi appelée transmutation nucléaire.) des lycées de jeunes filles avec la généralisation (La généralisation est un procédé qui consiste à abstraire un ensemble de concepts ou d'objets en négligeant les détails de façon à ce qu'ils puissent être considérés de...) de la mixité

A la Libération, les lycées publics de jeunes filles se retrouvent donc quasiment dans la même situation qu'avant la guerre de 1939-45. En effet, ils ont toujours leurs classes enfantines et élémentaires du « Petit lycée » et leur recrutement sociologique particulier est à peine atténué par la présence accrue d'élèves admises en seconde et venant notamment des classes de 3e des cours complémentaires. Élèves boursières ou non mais particulièrement méritantes et issues par leurs parents des classes populaires. Ainsi, comme si rien n'avait apparemment changé depuis les années 1920 (voire 1880), les filles notamment de la bourgeoisie urbaine laïque peuvent toujours y faire leurs douze années d'études à partir du cours préparatoire (Première classe de l'école élémentaire française, le cours préparatoire, également abrégé CP, est crucial pour l'élève car il y débute de manière...) (classe de 11e) jusqu'à la classe de terminale. Cette situation privilégiée, tant pour les personnels enseignants (notamment les agrégées) que pour les élèves des lycées publics de jeunes filles, va perdurer sous la IVe République et donc jusqu'en 1958.

C. de Gaulle

Finalement, c'est sous la Ve République, d'abord présidée par Charles de Gaulle de 1959 à 1969, que les réformes de l'enseignement envisagées par Jean Zay puis par la commission dite Langevin-Wallon seront en quelque sorte mises en oeuvre. Notamment avec la création à partir de 1963 des gros collèges d'enseignement secondaire (CES) indépendants des lycées et destinés à remplacer leurs classes de la sixième à la troisième. De ce fait et pour combler notre retard dans ce domaine, de plus en plus d'élèves sont donc admis dans les classes de seconde, première et terminale. Les lycées, dont les effectifs augmentent, se démocratisent en relation avec la généralisation de leur mixité surtout après le grand mouvement social de 1968. Mais leur mixité sonne le glas des lycées publics de jeunes filles qui deviennent alors, comme les lycées de garçons, des « lycées mixtes » puis tout simplement des « lycées » et enfin des « lycées régionaux » pratiquement tous polyvalents car comprenant les trois voies : générale, technologique et professionnelle.

La « révolution par la loi », retardée pendant plus d'une génération par les forces conservatrices des années 1930 à 1950, a finalement bouleversé la structure et la vie des lycées publics de jeunes filles. Et leur transmutation a permis à la société française d'adapter ses enseignements de masse (Le terme masse est utilisé pour désigner deux grandeurs attachées à un corps : l'une quantifie l'inertie du corps (la masse inerte) et l'autre la...) à l'accélération (L'accélération désigne couramment une augmentation de la vitesse ; en physique, plus précisément en cinématique, l'accélération est une grandeur vectorielle qui indique la modification affectant...) de ses transformations dans le cadre d'une mondialisation (Le terme « mondialisation » désigne l'expansion et l'harmonisation des liens d'interdépendance entre les nations, les activités...) croissante.

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