Hippocrate - Définition et Explications

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La thérapeutique hippocratique

Dessin d'un banc d'Hippocrate d’une édition byzantine d’un ouvrage de Galien au IIe siècle

La médecine hippocratique était humble et palliative. L'approche thérapeutique (La thérapeutique (du grec therapeuein, soigner) est la partie de la médecine qui étudie et applique le traitement des maladies.) était fondée sur le pouvoir guérisseur de la nature (vis medicatrix naturae en latin). Selon cette doctrine, le corps contient en lui-même le pouvoir de rééquilibrer les quatre humeurs et de se guérir lui-même (physis). La thérapeutique hippocratique se donnait simplement pour but d'aider ce processus naturel. À cette fin, Hippocrate (Hippocrate le Grand ou Hippocrate de Cos (en grec : Ἱπποκράτης), né vers 460 av. J.-C dans l’île de Cos et mort vers 370 av. J.-C à Larissa, est...) croyait que le "repos et l'immobilisation" étaient d'une importance capitale (Une capitale (du latin caput, capitis, tête) est une ville où siègent les pouvoirs, ou une ville ayant une prééminence dans un domaine social, culturel,...). En règle générale, la médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement...) hippocratique était très respectueuse du patient (Dans le domaine de la médecine, le terme patient désigne couramment une personne recevant une attention médicale ou à qui est prodigué un soin.), le traitement était doux, et visait surtout à garder le patient propre pour prévenir toute infection. Par exemple, seuls l'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) propre ou le vin étaient utilisés sur les plaies, bien qu’un traitement sec soit préférable. Des baumes apaisants étaient parfois utilisés.

Hippocrate hésitait à administrer des médicaments et à s'engager dans un traitement spécifique qui pourrait s'avérer mal choisi. Un diagnostic (Le diagnostic (du grec δι?γνωση, diágnosi, à partir de δια-, dia-, „par, à travers,...) incertain était suivi d’un traitement polyvalent. De puissants médicaments ont toutefois été utilisés en certaines occasions. Cette approche attentiste a rencontré un grand succès dans le traitement des affections relativement simples telles que les fractures qui nécessitaient une traction pour provoquer une élongation du membre brisé et soulager ainsi la pression (La pression est une notion physique fondamentale. On peut la voir comme une force rapportée à la surface sur laquelle elle s'applique.) sur la zone de fracture (En traumatologie, le terme de fracture désigne par définition une solution de continuité osseuse ("rupture" des os).). Le banc d'Hippocrate et d'autres dispositifs ont été utilisés à cette fin.

Un des points forts de la médecine hippocratique était l'accent mis sur le pronostic. À l'époque d’Hippocrate, les traitements médicamenteux étaient encore primitifs et, souvent, la meilleure chose que les médecins pouvaient faire était d'évaluer la gravité (La gravitation est une des quatre interactions fondamentales de la physique.) de la maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.) et d'estimer comment elle était susceptible d’évoluer sur la base des données recueillies par l’observation détaillée de cas semblables.

Théorie hippocratique

Hippocrate est reconnu comme le premier médecin (Un médecin est un professionnel de la santé titulaire d'un diplôme de docteur en médecine. Il est chargé de soigner les maladies, pathologies, et blessures de ses...) à avoir rejeté les superstitions et les croyances qui attribuaient la cause des maladies à des forces surnaturelles ou divines. Ainsi, l'auteur de Sur la maladie sacrée entreprend de montrer que l'épilepsie, appelée alors « maladie sacrée », n'est pas « plus divine ou plus sacrée que n'importe quelle autre maladie.» Sa preuve est simple : la maladie ne s'en prend qu'aux « flegmatiques » (voir : théorie des humeurs) or, si la maladie était véritablement une visitation divine, tous devraient pouvoir en être atteints. « Toutes les maladies sont divines et toutes sont humaines », conclut l'auteur. Les disciples de Pythagore (Pythagore (en grec ancien Πυθαγόρας / Pythagóras) est un philosophe, mathématicien et scientifique qui serait né aux environs de 580 av. J.-C. à Samos, une...) ont porté au crédit d’Hippocrate le mérite d’avoir réuni la philosophie et la médecine. Il a séparé la médecine en tant que discipline de la religion en croyant et en faisant valoir que la maladie n'était pas une punition infligée par les dieux, mais plutôt la conséquence de facteurs environnementaux, de l'alimentation et des habitudes de vie (La vie est le nom donné :). De fait, on ne trouve pas mention d'une seule maladie mystique dans la totalité du corpus hippocratique. Cependant, Hippocrate a travaillé sur la foi de nombreux principes basés sur des conceptions qui sont maintenant reconnues comme étant erronées en anatomie (L'anatomie (provenant du nom grec ἀνατομία anatomia, provenant du verbe...) et en physiologie (La physiologie (du grec φύσις, phusis, la nature, et λόγος, logos, l'étude, la science) étudie le rôle, le fonctionnement et...) comme la théorie des humeurs.

Les écoles de médecine de la Grèce ancienne (l’école de Cnide et celle de Cos) se sont opposées sur la façon de traiter les maladies. L’école de médecine de Cnide avait principalement axé sa pratique sur le diagnostic, mais elle était tributaire de nombreuses hypothèses erronées sur le fonctionnement du corps : la médecine grecque à l'époque d'Hippocrate ignorait pratiquement tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) de l'anatomie et de la physiologie humaine en raison du tabou grec qui interdisait la dissection du corps humain (Le corps humain est la structure physique d'une personne.). L'école de Cnide, par conséquent, ne parvenait pas à identifier une affection donnée (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) comme étant une seule et unique maladie lorsqu’elle pouvait se manifester par différents types de symptômes.

L'école hippocratique de Cos a obtenu de meilleurs résultats en se contentant de diagnostics généraux et de traitements symptomatiques ou palliatifs, selon les points de vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.). L’accent était mis sur les soins aux patients et le pronostic de la maladie et non plus sur son diagnostic. Elle parvint à traiter efficacement les maladies et cela a permis un grand développement de la pratique clinique.

La médecine hippocratique et sa philosophie sont très éloignées des orientations de la médecine moderne. De nos jours le médecin se concentre sur un diagnostic précis et un traitement spécialement adapté en conséquence, deux principes qui avaient déjà été préconisés par l’école de Cnide. Ces changements dans la pensée médicale depuis l’époque d’Hippocrate ont suscité des critiques pertinentes au cours des deux derniers millénaires, le traitement palliatif d’Hippocrate faisant l'objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans un espace à trois dimensions, qui a une fonction précise,...) de controverses particulièrement virulentes. Par exemple en 1869 un médecin français, MS Houdart, qualifiait la méthode thérapeutique d'Hippocrate de « méditation sur la mort ».

Les humeurs et les crises

L'école hippocratique a été influencée par la théorie des quatre éléments (Dans le cadre de la philosophie naturelle, la théorie des quatre Éléments est une façon traditionnelle de décrire et d'analyser le monde.) qui postule que toute matière (La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses trois états les plus communs sont l'état solide, l'état liquide, l'état gazeux. La matière occupe de l'espace et...) est constituée d’un mélange (Un mélange est une association de deux ou plusieurs substances solides, liquides ou gazeuses qui n'interagissent pas chimiquement. Le résultat de l'opération est une préparation aussi appelée mélange....) de quatre éléments primordiaux l'Eau, la Terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance croissante au Soleil, et la quatrième par taille et par masse croissantes....), l'Air (L'air est le mélange de gaz constituant l'atmosphère de la Terre. Il est inodore et incolore. Du fait de la diminution de la pression de l'air avec l'altitude, il est nécessaire de pressuriser les cabines des avions et autres...), le Feu (Le feu est la production d'une flamme par une réaction chimique exothermique d'oxydation appelée combustion.). En reprenant une vieille conception grecque qui établissait une correspondance (La correspondance est un échange de courrier généralement prolongé sur une longue période. Le terme désigne des échanges de courrier personnels plutôt qu'administratifs.) entre le microcosme et le macrocosme, le corps humain étant le reflet (Un reflet est, en physique, l'image virtuelle formée par la réflexion spéculaire d'un objet sur une surface. La nature spéculaire de la réflexion est...) en miniature de l'univers (L'Univers est l'ensemble de tout ce qui existe et les lois qui le régissent.), Hippocrate professait que le corps humain était constitué de quatre humeurs qui sont la transposition organique (La chimie organique est une branche de la chimie concernant la description et l'étude d'une grande classe de molécules à base de carbone : les composés organiques.) de chacun des éléments fondamentaux. Selon cette conception, connue sous le nom de Théorie des humeurs les maladies étaient la conséquence d'un déséquilibre interne (En France, ce nom désigne un médecin, un pharmacien ou un chirurgien-dentiste, à la fois en activité et en formation à l'hôpital...) de l’organisme entre les quatre humeurs, des fluides qui sont naturellement en proportion égale lorsque l’état de santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) est bon (pepsis). Selon cette école de pensée, lorsque les quatre humeurs, le sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le plasma est la substance fondamentale et est présent chez la plupart des animaux. Un humain adulte est doté...), la lymphe (ou phlegme), la bile (La bile est un fluide jaune-verdâtre, basique (pH compris entre 7,6 et 8,6) qui favorise la digestion, plus spécifiquement celle des graisses. Elle est produite en continu par le foie à raison de 500 à 750 mL par jour. Et, elle...) jaune (Il existe (au minimum) cinq définitions du jaune qui désignent à peu près la même couleur :) et l'atrabile (ou bile noire) ne sont pas en état d’équilibre (dyscrasie qui signifie «mauvais mélange») une personne devient malade et le reste jusqu'à ce que l'équilibre ait été quelque peu rétabli. Trop de flegme dans le corps, par exemple, provoquait des troubles pulmonaires et l'organisme tentait de tousser et de cracher le phlegme pour rétablir l’équilibre. La méthode thérapeutique d’Hippocrate avait pour but de rétablir cet équilibre. Par exemple en utilisant le citron (Le citron est un agrume, fruit du citronnier. Le citronnier (Citrus limon) est un arbuste de 5 à 10 m de haut, à feuilles persistantes.) dont on pensait qu’il était bénéfique lorsque le flegme (la lymphe) était surabondant, ou encore en recommandant la saignée ou bien les sangsues pour éliminer le sang en excès, localement ou dans tout l’organisme.

Selon ce modèle, "le corps humain est composé de 4 humeurs dont le juste tempérament est la condition de la santé", la maladie est alors considérée comme évoluant en 3 phases: - la dégénérescence des humeurs - la coction (réaction par la fièvre) - la crise (évacuation de l'humeur en excès).

Un autre concept important dans la médecine hippocratique était celui de crise, un moment précis dans la progression de la maladie où tout peut basculer : soit la maladie commence à triompher, et le patient va succomber, soit à l'inverse (En mathématiques, l'inverse d'un élément x d'un ensemble muni d'une loi de composition interne · notée multiplicativement, est un élément y tel que x·y = y·x = 1, si 1 désigne...) les processus naturels de guérison (La guérison est un processus biologique par lequel les cellules du corps se régénèrent pour réduire l'espace d'une région endommagée par la nécrose. La...) se mettent en œuvre et permettent au malade de se rétablir. Après une crise, une rechute peut survenir, suivie d'une autre crise décisive. Selon cette doctrine, les crises auraient tendance à survenir au moment de jours critiques qui étaient censés revenir à date fixe après le début de la maladie. Si une crise survient au cours d'une journée éloignée d'un jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à minuit heure...) critique, une rechute est à craindre. Galien estime que cette idée est née avec Hippocrate, mais il est possible qu'elle soit antérieure.

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