Curare - Définition et Explications

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Introduction

Curare
Curare
Général
No CAS 8063-06-7
No EINECS 232-511-1
PubChem 167334
SMILES
InChI
Apparence solide
Propriétés chimiques
Formule brute C36H38N2O6  
Masse (Le terme masse est utilisé pour désigner deux grandeurs attachées à un corps : l'une quantifie l'inertie du corps (la masse inerte)...) molaire 594,6967 ± 0,0337 g·mol-1

Écotoxicologie
DL 0,14 mg·kg-1 (souris, i.v.)
0,5 mg·kg-1 (souris, s.c.)
3,2 mg·kg-1 (souris, i.p.)
Unités du SI & CNTP, sauf indication (Une indication (du latin indicare : indiquer) est un conseil ou une recommandation, écrit ou oral.) contraire.

Le curare (Le curare (Urari) est une substance extraite de certaines lianes d'Amazonie, le Chondodendron tomentosum ou une liane Strychnos comme le Strychnos guianensis...) (Urari) est une substance extraite de certaines lianes d'Amazonie (L'Amazonie est une région d'Amérique du Sud. C'est une vaste plaine traversée par l'Amazone et par ses affluents, et couverte sur une grande part de sa surface par la forêt amazonienne. Sa superficie est de...), le Chondodendron tomentosum ou une liane Strychnos comme le Strychnos guianensis , ou le Strychnos toxifera qui provoque une paralysie (La paralysie ou plégie est une perte de motricité par diminution ou perte de la contractilité d'un ou de plusieurs muscles, due à des lésions de...) des muscles, et la Menispermacée Sciadotenia cayannensis . Il est utilisé par certains Amérindiens et Aborigènes comme poison (Les poisons sont, en biologie, des substances qui provoquent des blessures, des maladies ou la mort d'organismes par une réaction chimique, à l'échelle moléculaire. Cette définition exclut les agents...) pour enduire les flèches.

Dénominations

  • Le curare est également connu comme Bejuco de Mavacure, Ampi, Kurari, Woorari, Woorara, Woorali, Wourali, Wouralia, Ourare, Ourari, Urare, Urari (ce qui signifie en galibi : « la mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus général,...) qui tue tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) bas ») et Uirary, Wilalakayevi pour la liane Sciadotenia ( ce qui signifie, « branches » et « rebrousser de chemin » ou « changer de direction  » car ses branches changent de direction ) et wayana Ulali , Wilali pour la liane Strychnos, ce qui signifie « arbre » .
  • La d-tubocurarine, l'alcaloïde (Les alcaloïdes sont des molécules organiques hétérocycliques azotées basiques, d'origine naturelle, pouvant avoir une activité pharmacologique.) populaire du curare utilisé en médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du...), était disponible comme tubocurarin, tubocurarinum, delacurarine, tubarine, metubine, jexin, HSDB 2152, alcaloïde d'isoquinoline, tubadil, mécostrin, intracostine et intocostrine.

Recherches

Pendant les années 1811-1812, Benjamin Collins Brody (1783-1862) expérimente le curare. Il est le premier à prouver que le curare ne tue pas l'animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un être vivant hétérotrophe, c’est-à-dire qu’il se nourrit de substances organiques. On réserve aujourd'hui le...), qui se rétablit si la respiration (Dans le langage courant, la respiration désigne à la fois les échanges gazeux (rejet de dioxyde de carbone, CO2, appelé parfois de façon impropre « gaz carbonique », et absorption de...) est maintenue artificiellement. Et en 1825, Charles Waterton (1783-1865) décrit l'expérience par laquelle il a maintenu une ânesse curarisée vivante par ventilation artificielle avec un soufflet et une trachéotomie. Waterton aurait également apporté le curare à l'Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme l’extrémité occidentale du continent eurasiatique, voire comme une des...). Le botaniste Robert Hermann Schomburgk identifie la source du curare, une espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type » ou « apparence ») est le taxon de base de la systématique. L'espèce est un concept flou dont il...) du genre Strychnos et lui donne le nom spécifique de toxifera.

En France les premières experiences sont menées par Boussingault et Rollin en 1828 lesquels essaient d'isoler son alcaloïde , et sont poursuivies par Preyaz qui isole la curarine . Bohme isole un second alcaloïde qu'il appelle la curine.

George Harley (1829-1896) prouve en 1850 que le curare (wourali) est efficace dans le traitement du tétanos (Le tétanos est une maladie infectieuse aiguë, grave et potentiellement mortelle, due à Clostridium tetani, un bacille sporulant anaérobie strict et ubiquitaire dont les spores sont souvent retrouvées dans...) et de l'empoisonnement par la strychnine.

Au témoignage d'Orbigny, le procédé de fabrication consiste donc principalement dans l'expression du suc (Le suc est un liquide extrait d'une substance végétale ou animale. Les tissus, qu'ils soient animaux ou végétaux, peuvent contenir et emmagasiner des...) vénéneux par broiement de l'écorce (L'écorce est le revêtement extérieur du tronc, des branches et des racines des arbres, et plus généralement des plantes ligneuses.), puis dans son infusion à froid (Le froid est la sensation contraire du chaud, associé aux températures basses.) et sa concentration par évaporation (L'évaporation est un passage progressif de l'état liquide à l'état gazeux. Elle est différente de l'ébullition qui est une transition rapide. C'est un changement d'état...). Stephan Endlicher (de) découvre que le curare provient de deux espèces de lianes du genre Strychnos, Strychnos guianensis et Strychnos toxifera, que les indiens mélangent à du poivre (Le poivre est une épice obtenue à partir des baies de différentes espèces de poivriers, des plantes de la famille des pipéracées. Seuls les fruits du Piper nigrum, du Piper cubeba et du Piper longum ont...), à des baies de Menispermum, coque du Levant, et à d'autres plantes âcres.

En 1856, Claude Bernard (Claude Bernard, né le 12 juillet 1813 à Saint-Julien (Rhône) et mort le 10 février 1878 à Paris, est un médecin et physiologiste français.) découvre que le curare agit sur la jonction (La Jonction est un quartier de la ville de Genève (Suisse), son nom familier est "la Jonquille") neuromusculaire, entraînant une paralysie et une baisse du tonus musculaire : sous l'effet du curare, les muscles ne fonctionnent plus, ils deviennent mous, et les poumons s'immobilisent. En raison de la paralysie respiratoire, le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de...) et les tissus ne sont plus alimentés en oxygène (L’oxygène est un élément chimique de la famille des chalcogènes, de symbole O et de numéro atomique 8.).

Dès 1887 le catalogue de Burroughs Wellcome cite, sous la marque « Tabloids », des comprimés de curare en grain (En météorologie maritime: Un grain est un vent violent et de peu de durée qui s'élève soudainement et qui est généralement accompagné de précipitations. Il se produit généralement au passage d'une ligne d'orages. Voir...) (prix 8 shillings) pour l'usage (L’usage est l'action de se servir de quelque chose.) de préparations destinées à l'injection (Le mot injection peut avoir plusieurs significations :) hypodermique. En 1914 Vallée (Une vallée est une dépression géographique généralement de forme allongée et façonnée dans le relief par un cours d'eau (vallée...) de Hallett d'Henry (1875-1968) décrit les actions physiologiques de l'acétylcholine. Après vingt-cinq ans de recherches, il prouve que l'acétylcholine est responsable de la transmission neuromusculaire, qui peut être bloquée par le curare.

En 1897, R. Boehm isole deux alcaloïdes du curare : la l-curarine et la tubocurarine. Mais ce n'est qu'en 1935, dans le laboratoire de Sir Henry Dale, que Harold King élucide la structure de la d-tubocurarine, base très active de la plante (Les plantes (Plantae Haeckel, 1866) sont des êtres pluricellulaires à la base de la chaîne alimentaire. Elles forment l'une des subdivisions (ou règne) des Eucaryotes. Elles sont, avec les...). Fondée sur les travaux de ces chercheurs, l'étude expérimentale ( En art, il s'agit d'approches de création basées sur une remise en question des dogmes dominants tant sur le plan formel, esthétique, que sur le plan culturel et politique. En science, il s'agit d'approches de recherche basées sur...) du curare aboutit à l'utilisation de la tubocurarine en médecine chirurgicale et neurologique.

Les médecins ne tirent profit de toutes ces observations (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude appropriés. Le plaisir procuré explique la très grande...) qu'en 1942. À cette date, un dérivé purifié, l'intocostrine, extrait de plantes à curare rapportées d'Amazonie en 1938, est introduit en anesthésie (Le mot anesthésie provient du grec (αισθησις: faculté de percevoir par les sens) combiné à l'alpha (α) privatif et du nu (ν) euphonique....). L'intocostrine, premier curarisant commercial (Un commercial (une commerciale) est une personne dont le métier est lié à la vente.), est lancée par E. R. Squibb & Sons, puis introduite comme relâchant musculaire dans la pratique de l'anesthésie locale en 1942 par Harold Randall Griffith (1894-1985) et Enid Johnson Macleod.

Oscar Wintersteiner et James Dutcher confirment en 1943 l'hypothèse de K. Folkers selon laquelle le curare provient de Chondodendron tomentosum.

En 1946, Daniel Bovet et ses collaborateurs aboutissent à l'Institut Pasteur (L’Institut Pasteur est une fondation française privée à but non lucratif qui se consacre à l'étude de la biologie, des microorganismes, des maladies et des vaccins. Il est ainsi nommé d'après Louis Pasteur,...), dans le laboratoire d'Ernest Fourneau (Ernest Fourneau est le fondateur de la chimie thérapeutique française. Directeur du service de recherche scientifique des établissements Poulenc frères (1903-1911), chef de service du...), au premier curarisant de synthèse, le 2559 F ou triiodoéthylate de gallamine, breveté sous le nom de Flaxedil, cinq fois plus actif que la tubocurarine.

Composants chimiques

  • Il contient un certain nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) d'alcaloïdes  : d-tubocarine (tubocarine chloride=C H 2 N O 5H O ), curine (CHNO, curarine (CHNO). isochondodendrine, cycleanine, chondrocurine, tomentocurine.
  • On a récemment découvert dans la liane Strychnos guianensis de nouveaux alcaloïdes : la guiflalvine, et la guiachrysine.

Usages

Le curare est en activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) seulement si il est donné/appliqué parentéralement, c'est-à-dire par une injection, ou contamination directe de blessure (Une blessure est une lésion, physique ou psychique, faite involontairement ou dans l'intention de nuire.) par bout empoisonné de dard/flèche. Il est inoffensif si pris oralement parce que les composés de curare sont trop grands et trop fortement chargés pour passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) par la doublure de la région digestive et être absorbé dans le sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le plasma est la substance fondamentale et est présent chez la plupart des animaux. Un humain...). C'est crucial, parce que les tribus indigènes emploient des curares principalement pour la chasse, mais ainsi il peut rester sauf en mangeant la proie (Une proie est un organisme capturé vivant, tué puis consommé par un autre, qualifié de prédateur.) empoisonnée. Le curare également a été employé historiquement comme poison paralysant par le peuple (Le terme peuple adopte des sens différents selon le point de vue où l'on se place.) autochtone sud-américain. La proie est tuée par l'asphyxie (L'asphyxie est un terme médical signifiant l'arrêt plus ou moins long de la circulation d'oxygène dans le corps. L'asphyxie de l'humain est une urgence médicale.) car les muscles respiratoires ne peuvent pas se contracter, ce qui provoque une apnée (L'apnée désigne l'arrêt de la ventilation (du grec pnein, respirer, et le préfixe privatif a-). On parle aussi d'arrêt respiratoire ou d'arrêt ventilatoire.).

En médecine, le curare simple a été remplacé par un certain nombre de curares, comme le pancuronium, un alcaloïde - qui ont un profil pharmacodynamique semblable mais avec peu d'effets secondaires. L'usage du curare est courant : En chirurgie (La chirurgie est une technique médicale consistant en une intervention physique sur les tissus, notamment par incision et suture. Un médecin spécialisé dans cette discipline est un chirurgien. Un acte...) abdominale et thoracique, en chirurgie laryngée pratiquée sous endoscopie, en chirurgie de l’œil et en orthopédie pour les réductions de fractures difficiles.

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