Rapport spécial du Giec: un zoom sur les écosystèmes terrestres
Publié par Isabelle le 15/09/2019 à 14:00
Source: CEA

(c) Robert Ford
Plusieurs chercheurs du LSCE ont contribué au rapport spécial du Giec publié le 8 août 2019, consacré aux interactions entre terres émergées et climat. Cette somme recense les pressions exercées sur les écosystèmes terrestres, qu'elles soient liées à l'usage (L’usage est l'action de se servir de quelque chose.) des sols ou au changement climatique, et propose des solutions pour lutter contre la désertification (La désertification est un phénomène naturel ou non qui a pour origine des variations climatiques et/ou les conséquences d'activités humaines. Ce mot décrit une...), la dégradation des terres et pour la sécurité alimentaire.

Quelques ordres de grandeur permettent de saisir les enjeux. Les écosystèmes terrestres absorbent environ 29% des émissions anthropiques de CO2 mais les activités humaines liées à l'usage des terres, notamment la déforestation, contribuent à hauteur (La hauteur a plusieurs significations suivant le domaine abordé.) de 23% de ces mêmes émissions - l'alimentation, de la production à la consommation, représentant entre 25 et 30%.

Près des trois quarts des terres émergées sont exploités ou occupés par les hommes. Deux tiers des forêts sont gérés ou aménagés pour les loisirs. Depuis 1961, le volume (Le volume, en sciences physiques ou mathématiques, est une grandeur qui mesure l'extension d'un objet ou d'une partie de l'espace.) de fertilisants a été multiplié par huit, les quantités d'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) pour l'irrigation (L’irrigation est l'opération consistant à apporter artificiellement de l’eau à des végétaux cultivés pour en augmenter la production, et permettre leur développement normal en cas de...) ont presque doublé, la quantité (La quantité est un terme générique de la métrologie (compte, montant) ; un scalaire, vecteur, nombre d’objets ou d’une autre manière de dénommer la valeur d’une collection ou un groupe de choses.) de bois récoltée a augmenté de 50%. En définitive, moins d'un quart des terres émergées seulement est libre d'influence humaine directe.

L'état des lieux

Quelles sont les menaces sur les puits de carbone (Le carbone est un élément chimique de la famille des cristallogènes, de symbole C, de numéro atomique 6 et de masse atomique 12,0107.) terrestres ? Le réchauffement depuis l'époque préindustrielle atteint +1,53°C sur les terres émergées alors qu'il est de +0,87°C à l'échelle globale, et la fréquence (En physique, la fréquence désigne en général la mesure du nombre de fois qu'un phénomène périodique se reproduit par unité de temps....), l'intensité et la durée d'événements climatiques extrêmes ont augmenté en de nombreuses régions du monde (Le mot monde peut désigner :).

Les vagues de chaleur (Dans le langage courant, les mots chaleur et température ont souvent un sens équivalent : Quelle chaleur !), sécheresses et fortes précipitations ont d'ores (ORES, l'Opérateur des Réseaux Gaz & Électricité est le l'opérateur des réseaux de distribution d'électricité et de gaz pour...) et déjà de multiples impacts très visibles:
- Les rendements de plusieurs cultures ont déjà diminué dans des régions tropicales.
- La désertification gagne du terrain dans des zones semi-arides de l'Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles, l’Afrique est un continent couvrant 6 % de la surface terrestre et...) sub-saharienne, de l'Asie (L'Asie est un des cinq continents ou une partie des supercontinents Eurasie ou Afro-Eurasie de la Terre. Il est le plus grand continent (8,6 % de la surface totale terrestre ou 29,4 %...) centrale et de l'Est, et en Australie (L’Australie (officiellement Commonwealth d’Australie) est un pays de l’hémisphère Sud dont la superficie couvre la plus...). Entre 1961 et 2013, la surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a plusieurs acceptions, parfois objet géométrique, parfois frontière physique, et est souvent abusivement confondu avec sa mesure, sa...) des régions arides en voie de désertification a augmenté d'environ 1% par an.
- Plusieurs zones bioclimatiques se sont déplacées vers le nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) et en altitude (L'altitude est l'élévation verticale d'un lieu ou d'un objet par rapport à un niveau de base. C'est une des composantes géographique et biogéographique qui explique la répartition de la vie sur terre.), perturbant de nombreuses espèces végétales et animales.
- L'érosion a augmenté du fait de fortes précipitations et, dans certaines zones côtières, de l'augmentation du niveau des mers. Elle est aujourd'hui pour ces zones 10 à 20 fois plus importante que la capacité de restauration des sols dans les zones non labourées et 100 fois plus, dans les zones labourées.

Pourquoi est-il important d'agir dès maintenant ?

Plus nous tardons à agir, plus nous prenons le risque de franchir des points de non-retour. Ainsi, plus le niveau de la mer (Le niveau de la mer est la hauteur moyenne de la surface de la mer, par rapport à un niveau de référence adéquat.) monte, plus les zones côtières s'érodent, entraînant la perte de zones agricoles et d'habitats, plus le climat (Le climat correspond à la distribution statistique des conditions atmosphériques dans une région donnée pendant une période de temps donnée. Il se distingue de...) se réchauffe et plus le pergélisol se dégrade.

De plus, la mise en oeuvre de solutions deviendra de plus en plus inefficace car on estime que dans un climat plus chaud, les émissions de la végétation (La végétation est l'ensemble des plantes (la flore) sauvages ou cultivées qui poussent sur une surface donnée de sol, ou dans un milieu aquatique. On parle aussi de "couverture végétale".) et des sols augmenteront bien davantage que l'absorption ( En optique, l'absorption se réfère au processus par lequel l'énergie d'un photon est prise par une autre entité, par exemple, un atome qui fait une transition entre deux...) du CO2 par photosynthèse (La photosynthèse (grec φῶς phōs, lumière et σύνθεσις sýnthesis, composition) est le processus bioénergétique qui permet aux...).

De nombreuses solutions identifiées

Certaines mauvaises pratiques bien connues pourraient être combattues:
- La déforestation, la destruction de zones humides et de tourbières constituent aujourd'hui 10 à 15% des émissions de carbone anthropique.
- Les pertes agricoles et déchets alimentaires à l'échelle mondiale s'élèvent à plus de 25% de la production, contribuant à un relargage de CO2 dans l'atmosphère (Le mot atmosphère peut avoir plusieurs significations :) qui, entre 2010 et 2016, représentait 8 à 10% des émissions du secteur de l'alimentation.

L'amélioration de la gestion des systèmes agricoles, pastoraux et des parcs forestiers, le déploiement de l'agroforesterie, une meilleure gestion des feux, permettraient non seulement de réduire les émissions de CO2 mais également de stocker du carbone durablement dans les sols.

Nos choix de consommation peuvent également avoir un impact positif. Les régimes alimentaires comportant une forte proportion de céréales, de noix, de légumes et de fruits de saison (La saison est une période de l'année qui observe une relative constance du climat et de la température. D'une durée d'environ trois mois (voir le tableau Solstice et Équinoxe...) ont une empreinte carbone inférieure à celle de la viande. Près de la moitié des émissions de méthane (Le méthane est un hydrocarbure de formule brute CH4. C'est le plus simple composé de la famille des alcanes. C'est un gaz que l'on trouve à l'état naturel et qui est produit par des...) proviennent des ruminants (bovins, boeufs, moutons et chèvres) et des rizières.

Quelles limitations à la mise en oeuvre de ces solutions ?

Les terres arables doivent continuer d'être réservées à la production alimentaire, ce qui limite les surfaces disponibles pour le déploiement de bioénergie (La bioénergie résulte du processus de valorisation énergétique de la biomasse, lorsque celle-ci est utilisée comme combustible pour produire de la chaleur ou de l'électricité.) et pour l'afforestation (plantation d'arbres sur des sols non boisés depuis longtemps).

Plusieurs décennies sont nécessaires aux arbres et aux sols pour qu'ils deviennent des réserves de carbone efficaces.

Sans une réduction drastique des émissions de gaz (Un gaz est un ensemble d'atomes ou de molécules très faiblement liés et quasi-indépendants. Dans l’état gazeux, la matière n'a pas de forme propre ni de volume propre :...) à effet de serre (L'effet de serre est un processus naturel qui, pour une absorption donnée d'énergie électromagnétique, provenant du Soleil (dans le...) de tous les secteurs d'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.), il ne sera pas possible de maintenir le réchauffement sous la barre des 2°C.
Page générée en 0.975 seconde(s) - site hébergé chez Amen
Ce site fait l'objet d'une déclaration à la CNIL sous le numéro de dossier 1037632
Ce site est édité par Techno-Science.net - A propos - Informations légales
Partenaire: HD-Numérique