Primates: l'odorat pour échapper aux parasites

Publié par Adrien le 13/04/2017 à 00:00
Source: CNRS
Des chercheurs du CNRS ont découvert que les mandrills évitaient de rentrer en contact avec leurs congénères infectés par des amibes gastro-intestinales grâce à leur odorat, afin d'échapper à toute contamination. Ces travaux, publiés dans la revue Science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire Le Robert, « Ce que l'on sait pour l'avoir appris, ce que l'on tient pour vrai au sens large....) Advances du 7 avril 2017, montrent que les parasites influencent les comportements sociaux des primates qui développent une stratégie (La stratégie - du grec stratos qui signifie « armée » et ageîn qui signifie « conduire » - est :) d'évitement parasitaire grâce à un mécanisme olfactif.

Le "Projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et l’intégration d’une...) Mandrillus" a été initié en 2012 au sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.) du Gabon pour étudier l'écologie de la seule population au monde (Le mot monde peut désigner :) de mandrills sauvages habitués à l'Homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction,...). Les fréquents comportements de toilettage de ces primates, qui servent (Servent est la contraction du mot serveur et client.) certainement à éliminer les ectoparasites (1), jouent aussi un rôle majeur dans la cohésion sociale du groupe en apaisant les tensions après un conflit par exemple.


Séances de toilettage chez les Mandrills.
© Nory El Ksabi, Alice Percher.

Forts de cinq ans d'observation (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude...) in situ, les chercheurs ont montré que les mandrills infectés par des amibes gastro-intestinales étaient moins toilettés par leurs congénères que les mandrills sains, en particulier au niveau des zones corporelles à fort risque contagieux: les zones ano-génitales.

Pour pousser plus loin leurs investigations, les chercheurs ont mené une expérience de "déparasitage". Ils ont capturé des mandrills infectés pour les traiter contre les amibes avant de les relâcher au sein de leur groupe. Une fois libérés de leurs parasites, les singes ont de nouveau été intégrés à de fréquentes séances de toilettage.


Séances de toilettage chez les Mandrills.
© Nory El Ksabi, Alice Percher.

Les chercheurs ont alors vérifié si la communication (La communication concerne aussi bien l'homme (communication intra-psychique, interpersonnelle, groupale...) que l'animal (communication intra- ou inter- espèces) ou la machine (télécommunications, nouvelles...) olfactive chez les mandrills pouvait expliquer ce phénomène d'évitement des congénères infectés. Des analyses chimiques ont dans un premier temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) permis de montrer que les odeurs des substances fécales de mandrills parasités et non parasités étaient différentes. Ce résultat a ensuite été renforcé par des tests comportementaux, effectués en conditions contrôlées sur une trentaine de mandrills en milieu captif, au sein d'un institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical...) de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances...) gabonais. Lors de ces expériences, des bambous ont été partiellement recouverts de matières fécales d'un mandrill collectées à des moments différents: lors d'une période où il était parasité par des amibes et lors d'une autre période où il ne l'était pas. Ces bambous ont été présentés aux mandrills captifs. Les chercheurs ont curieusement observé que les mandrills captifs reniflaient les bambous qui leur étaient présentés mais évitaient activement ceux qui avaient été mis en contact avec la matière fécale (Les matières fécales (également appelées fæces, fèces, selles, ou excréments) sont le résidu de la digestion - substances ou particules non assimilées et masse de bactéries du tube...) infectée. Cet évitement sélectif constitue une démonstration (En mathématiques, une démonstration permet d'établir une proposition à partir de propositions initiales, ou précédemment démontrées à partir de propositions initiales,...) élégante d'un potentiel mode de communication olfactif impliqué dans l'évitement comportemental et social du parasitisme.

Ces travaux montrent que les parasites semblent influencer les comportements des mandrills en façonnant les relations sociales au sein de leur groupe, au même titre que les relations d'apparentement ou l'impact du rang ( Mathématiques En algèbre linéaire, le rang d'une famille de vecteurs est la dimension du sous-espace vectoriel engendré par cette famille. Le théorème du rang lie le rang et la...) social par exemple. Aujourd'hui centrée sur l'influence des parasites transmissibles par simple contact, cette étude sur l'évolution des comportements antiparasitaires pourra être étendue à des agents pathogènes possédant d'autres modes de transmission, comme les vers nématodes qui se transmettent par l'environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels,...) ou des rétrovirus qui se propagent entre autre par les morsures entre mandrills mâles.

Ces travaux impliquent des chercheurs du Centre d'écologie fonctionnelle (En mathématiques, le terme fonctionnelle se réfère à certaines fonctions. Initialement, le terme désignait les fonctions qui en prennent d'autres en argument. Aujourd'hui, le terme a été étendu,...) et évolutive (CNRS/Université de Montpellier/Université Paul Valery Montpellier 3/EPHE) et de l'Institut des sciences de l'évolution de Montpellier (CNRS/Université de Montpellier/IRD/EPHE), dans le cadre du Projet Mandrillus (Station d'étude en écologie globale – INEE) du parc (Un Parc est un terrain naturel enclos,[1] formé de bois ou de prairies, dans lequel ont été tracées des allées et chemins destinés à la chasse, à la promenade ou à l’agrément. Il se distingue du Jardin public par le...) de Lékédi (Gabon) et en collaboration avec le laboratoire Evolution, écologie et paléontologie (La paléontologie est la science qui étudie les restes fossiles des êtres vivants du passé et les implications évolutives de ces...) (CNRS/Université de Lille), le Centre de primatologie de Franceville du CIRMF (Gabon), et le German primate (Les primates (du latin primas, atis signifiant « celui qui occupe la première place ») constituent un ordre au sein des mammifères placentaires. Ce clade regroupe les singes - dont l'homme - ainsi que...) center (DPZ) de Göttigen (Allemagne).

Notes:

(1) Un ectoparasite est un parasite externe, c'est-à-dire un parasite qui vit sur la surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a plusieurs acceptions, parfois objet géométrique, parfois frontière physique, et est...) corporelle d'un être vivant.
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