Planter mille milliards d'arbres: une solution simpliste au réchauffement climatique ?
Publié par Adrien le 18/10/2019 à 08:00
Source: Université de Montréal
Un groupe international de 46 scientifiques publie dans la revue Science un texte appelant à la prudence quant à une étude, parue en juillet dans cette même revue, sur le potentiel de la plantation massive d'arbres pour atténuer les changements climatiques. Cette étude a considérablement surestimé ce potentiel, multipliant par cinq la réelle capacité des arbres nouvellement plantés à freiner la hausse des températures. De plus, planter des arbres au mauvais endroit peut menacer certains écosystèmes, augmenter l'intensité des incendies et à l'inverse (En mathématiques, l'inverse d'un élément x d'un ensemble muni d'une loi de composition interne · notée multiplicativement, est un élément y tel que x·y...) exacerber le réchauffement planétaire (Un planétaire désigne un ensemble mécanique mobile, figurant le système solaire (le Soleil et ses planètes) en tout ou partie....).

C'est ce qui ressort de ce texte rédigé par le professeur Joseph Veldman, de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa...) A&M du Texas, et 45 autres chercheurs de divers pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas...) et continents, dont Julie Aleman, chercheuse invitée au Département de géographie (La géographie (du grec ancien γεωγραφία - geographia, composé de "η γη" (hê gê) la Terre et...) de l'Université de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de l'industrie, de la culture, de la finance et des affaires internationales. Montréal a...) et postdoctorante au laboratoire du professeur Veldman.


Un groupe international de 46 scientifiques appelle à la prudence quant au potentiel de la plantation massive (Le mot massif peut être employé comme :) d'arbres pour atténuer les changements climatiques. Crédit: Getty

Le gaz (Un gaz est un ensemble d'atomes ou de molécules très faiblement liés et quasi-indépendants. Dans l’état gazeux, la matière n'a pas...) carbonique (CO2) produit par l'utilisation des énergies fossiles est le principal responsable des changements climatiques actuels. Parce que les arbres capturent le carbone (Le carbone est un élément chimique de la famille des cristallogènes, de symbole C, de numéro atomique 6 et de masse atomique 12,0107.) grâce à la photosynthèse (La photosynthèse (grec φῶς phōs, lumière et σύνθεσις sýnthesis, composition) est le processus bioénergétique qui permet aux plantes et à...), certains scientifiques, groupes de défense de l'environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le terme environnement tend...) et politiques préconisent de planter massivement des arbres comme solution à ces changements.

L'étude sortie en juillet, "The global tree restoration potential", et signée par Jean-François Bastin et Thomas Crowther, postdoctorant et professeur à l'École polytechnique fédérale de Zurich, soutient la thèse (Une thèse (du nom grec thesis, se traduisant par « action de poser ») est l'affirmation ou la prise de position d'un locuteur, à l'égard du sujet ou du thème qu'il évoque.) qu'une plantation massive d'arbres, de l'ordre de 1200 milliards, permettrait d'absorber deux tiers du CO2 produit depuis l'ère industrielle. Financés par une fondation néerlandaise à but non lucratif (DOB Ecology), un groupe encourageant la plantation d'arbres (Plant-for-the-Planet) et le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement, ces chercheurs ont affirmé que la plantation d'arbres à travers le monde (Le mot monde peut désigner :) pourrait ainsi favoriser la capture (Une capture, dans le domaine de l'astronautique, est un processus par lequel un objet céleste, qui passe au voisinage d'un astre, est retenu dans la gravisphère de ce dernier. La capture de l'objet céleste aboutit à sa...) de 205 milliards de tonnes de carbone, soit un tiers du CO2 émis depuis la révolution industrielle.

"La plantation d'arbres peut être une bonne chose dans certaines zones qui ont été déboisées, mais dans des écosystèmes naturellement herbacés ou ouverts tels que des savanes, des prairies ou encore des tourbières comme on en compte beaucoup au Canada, elle va détruire les habitats d'un grand nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) d'espèces végétales et animales et ne permettra pas de séquestrer suffisamment de carbone pour compenser les émissions liées aux énergies fossiles", explique Julie Aleman, spécialisée en biogéographie (La biogéographie est une branche de la géographie physique et de l'écologie qui étudie la vie à la surface du globe par des analyses descriptives et explicatives de la répartition des êtres...) et en écologie des savanes.

Joseph Veldman, qui a dirigé la réponse publiée dans Science, fait remarquer que "l'estimation de 205 milliards de tonnes de carbone capturées était si importante que, en juillet 2019, les unes des journaux du monde entier ont déclaré que la plantation d'arbres était la meilleure solution face aux changements climatiques. Nous savons maintenant que ces gros titres étaient faux".

Le réel potentiel des arbres multiplié par cinq

Dans leur critique, Joseph Veldman et ses collaborateurs écrivent que cette étude présente de graves approximations qui ont conduit à multiplier par cinq le réel potentiel des arbres nouvellement plantés à atténuer les changements climatiques. Parmi les problèmes, cette étude part du principe que les sols des écosystèmes avec peu ou pas d'arbres ne contiennent pas de carbone, alors qu'en réalité de nombreux écosystèmes tels que les savanes ou les tourbières renferment davantage de carbone dans leurs sols que dans la partie aérienne de leur végétation (La végétation est l'ensemble des plantes (la flore) sauvages ou cultivées qui poussent sur une surface donnée de sol, ou dans un milieu aquatique. On parle aussi de "couverture végétale".).

Cette recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances...) a également négligé le fait que les forêts de conifères des régions boréales et de hautes montagnes absorbent plus de lumière (La lumière est l'ensemble des ondes électromagnétiques visibles par l'œil humain, c'est-à-dire comprises dans des longueurs d'onde de 380nm (violet) à 780nm...) solaire et émettent plus de chaleur (Dans le langage courant, les mots chaleur et température ont souvent un sens équivalent : Quelle chaleur !) que les zones sans arbres, et exacerbent le réchauffement planétaire au lieu de le diminuer. Enfin, Joseph Veldman et ses coauteurs soutiennent que la plantation d'arbres dans les écosystèmes naturellement ouverts comme les prairies, les savanes et les tourbières promue dans cet article scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les méthodes...) est dommageable pour la biodiversité (La biodiversité est la diversité naturelle des organismes vivants. Elle s'apprécie en considérant la diversité des écosystèmes, des...) et l'environnement.

Transformer les savanes en forêts n'est pas judicieux

Selon Julie Aleman, les savanes sont des écosystèmes naturels avec une histoire qui se compte en milliers, voire en millions d'années; elles ne sont pas juste des produits de la déforestation.

"Ces écosystèmes sans arbres abritent une immense biodiversité et fournissent des services écosystémiques importants à l'humanité, offrant notamment des zones pour le maintien du pâturage et assurant la recharge en eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) des nappes phréatiques. Il est à craindre qu'une focalisation aveugle sur la plantation d'arbres ne réduise la capacité des populations humaines à s'adapter aux changements climatiques tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) en détournant l'attention des efforts de conservation des écosystèmes intacts et de réduction de la consommation de combustibles fossiles", ajoute Joseph Veldman.

Il faudrait donc, selon les chercheurs, se concentrer davantage sur la restauration écologique, qui pourrait constituer l'une des solutions climatiques naturelles par la restauration non seulement des forêts, mais également des prairies, des savanes, des écosystèmes arbustifs et des tourbières.
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