Le père Noël n'est pas une ordure

Publié par Adrien le 13/12/2015 à 00:00
Source: Daniel Baril - Université de Montréal

Une étude analyse les arguments de ceux qui entretiennent le mythe de la croyance au Père Noël et de ceux qui n'y souscrivent pas. Illustration: Benoît Gougeon
De 80 à 98 % des adultes disent avoir cru ou avoir été incités à croire au père Noël durant leur enfance, selon moult études réalisées sur le sujet. Ceux qui ont été persuadés de son existence n'ont pas subi de choc (Dès que deux entitées interagissent de manière violente, on dit qu'il y a choc, que ce soit de civilisation ou de particules de hautes énergies.) traumatique en découvrant la vérité, puisqu'ils estiment que leurs propres enfants de quatre et cinq ans croient au père Noël dans une proportion de 81 % et qu'ils n'ont pas envie de nier cette croyance. Près de 70 % des parents pensent d'ailleurs qu'il est bien d'encourager les enfants à croire au gros bonhomme à la barbe blanche.

Serge Larivée, professeur à l'École de psychoéducation de l'Université de Montréal (L’Université de Montréal est l'un des quatre établissements d'enseignement supérieur de Montréal au Québec. Elle est...), et Carole Sénéchal, professeure à l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et...) d'Ottawa, ont passé (Le passé est d'abord un concept lié au temps : il est constitué de l'ensemble des configurations successives du monde et s'oppose au futur sur une échelle des temps...) en revue les diverses études empiriques menées sur la croyance au père Noël afin d'analyser les arguments de ceux qui entretiennent le mythe et de ceux qui n'y souscrivent pas. Le but était de faire ressortir les conséquences de cette croyance et de la découverte de la vérité sur le développement cognitif et affectif de l'enfant.

Une découverte progressive

Les deux chercheurs ont mis la main (La main est l’organe préhensile effecteur situé à l’extrémité de l’avant-bras et relié à ce dernier par le poignet....), entre autres, sur une étude datant de 1896 effectuée auprès de 1500 enfants âgés de 7 à 13 ans et qui a été reprise intégralement en 1979. "Il y a une constante dans ces deux études, note Serge Larivée. Les enfants découvrent généralement par eux-mêmes, à partir de leurs expériences et observations (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude appropriés. Le plaisir procuré explique la très grande participation des...), que l'histoire du père Noël est impossible et les parents confirment leur découverte."

Plus de 46 % des enfants de 1896 et 44 % de ceux de 1979 étaient parvenus seuls à déduire que le père Noël n'existe pas, une découverte qui se fait pour la plupart progressivement. "Des enfants, par exemple, demandent à leurs parents comment va entrer le père Noël, puisque la maison (Une maison est un bâtiment de taille moyenne destiné à l'habitation d'une famille, voire de plusieurs, sans être considérée comme un immeuble collectif.) n'a pas de cheminée (Une cheminée (lat. caminus) est un conduit vertical aménagé dans un bâtiment, (un véhicule), pour évacuer les gaz et fumées toxiques d'un feu...). Même si des parents répondent qu'ils vont laisser la porte déverrouillée, l'enfant finit par comprendre que le père Noël ne peut pas être partout en même temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) et que les rennes ne peuvent pas être aussi rapides", rapporte le professeur.

Ces deux études montrent que près de 25 % des enfants de 1896 ont appris la vérité de leurs parents, contre 40 % en 1979. Un questionnaire (Les questionnaires sont un des outils de recherche pour les sciences humaines et sociales, en particulier la psychologie, la sociologie, le marketing et la...) semblable soumis à des adultes en 2000 ramène cette proportion à 25 %.

Ceux qui n'ont pas découvert seuls le pot aux roses ou dont les parents n'ont pas vendu la mèche (Le mot mèche désigne :) l'ont appris par d'autres enfants.

L'âge de raison

Une autre étude entreprise en 1980 auprès d'enfants de 4 à 10 ans indique que 89 % croient au père Noël à 4 ans. À 7 ans, ils sont 47 % à tenir pour vraie l'existence du père Noël alors que 29 % ont des doutes et que 24 % n'y croient plus. Étonnamment, on trouve encore 33 % des enfants qui se posent des questions à l'âge de 10 ans.

"Plus le raisonnement causal progresse, moins la croyance au père Noël est forte, souligne Serge Larivée. Mais la maturité cognitive et le niveau de pensée opératoire atteints à sept ans et qui amènent les enfants à faire la différence entre l'imaginaire et le réel sont insuffisants en eux-mêmes pour déboulonner le mythe, puisque près de la moitié d'entre eux pensent encore que ce personnage existe."

Les études analysées font également état des réactions des enfants lorsqu'ils apprennent la vérité. Plus de 22 % avouent avoir été déçus dans l'étude de 1896 et 39 % dans celle de 1979. Mais seulement 2 et 6 % disent s'être sentis trompés. Une enquête conduite auprès d'adultes en 1999 révèle pour sa part que 13 % se rappellent avoir été déçus et moins de 1 % d'avoir été trompés.

Pas de mensonge

Selon Serge Larivée, ces chiffres infirment les craintes des parents qui refusent de présenter à leurs enfants le conte du père Noël par souci de ne pas leur mentir ou de ne pas les tromper. Le refus du mensonge est en effet le motif invoqué par près de 50 % de ceux qui sont hostiles au roi du pôle Nord (Le pôle Nord géographique terrestre, ou simplement pôle Nord, est le point le plus septentrional de la planète Terre. Il est défini comme le point d’intersection de l'axe de rotation de la Terre avec la...).

"Il n'y a pas de problème de mensonge ni d'effet pervers avec ce récit; il n'y a que des effets agréables, affirme-t-il. Lorsqu'ils apprennent la vérité, les enfants acceptent les règles du jeu et deviennent même complices de leurs parents auprès des enfants plus jeunes. Pour eux, cela devient un rite de passage à l'âge de raison; ils savent qu'ils ne sont plus des bébés."

Le principal argument des parents qui perpétuent le mythe est que cette histoire rend les enfants heureux. Ils étaient 54 % à penser ainsi en 1896, près de 73 % en 1979 et 80 % en 2000.

Faut-il donc faire croire aux enfants que le père Noël existe ? "Oui, répond sans hésiter Serge Larivée. C'est un conte de fées qui cadre très bien avec le stade (Un stade (du grec ancien στ?διον stadion, du verbe ?στημι istêmi, « se tenir droit et ferme ») est un...) de la pensée magique. Mais il faut aussi valider les observations des enfants lorsqu'ils commencent à douter. Je suis heureux de constater que c'est ce que font la plupart des parents."
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