De l'obésité au cancer du foie: peut-on éviter le pire ?

Publié par Adrien le 21/02/2020 à 08:00
Source: Université de Genève
En identifiant le rôle d'une protéine particulière dans le développement des maladies du foie liées à l'obésité, des chercheurs de l'UNIGE ouvrent la voie à un diagnostic de précision et potentiellement à un meilleur traitement.

Le carcinome hépatocellulaire, un cancer (Le cancer est une maladie caractérisée par une prolifération cellulaire anormalement importante au sein d'un tissu normal de l'organisme, de telle manière que la survie de ce dernier...) du foie (Le foie est un organe abdominal impair et asymétrique, logé chez l'homme dans l'hypocondre droit, la loge sous-phrénique droite, la partie...) très commun lié à la présence de gras dans le foie, est l'une des causes principales de décès par cancer dans le monde (Le mot monde peut désigner :). Avec le développement d'un mode de vie (La vie est le nom donné :) sédentaire et l'accroissement de la teneur en sucres et en graisse (La graisse est un corps gras se présentant à l'état solide à température ordinaire. Le terme s'oppose aux huiles qui se présentent sous forme liquide. On distingue les graisses des cires, de composition...) de notre alimentation, un nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) croissant d'individus sont à risque. Des scientifiques de l'Université de Genève (L'université de Genève (UNIGE) est l'université publique du canton de Genève en Suisse. Fondée en 1559 par Jean Calvin, sous le nom d'Académie de Genève, comme un séminaire théologique et...) (UNIGE) ont découvert une protéine (Une protéine est une macromolécule biologique composée par une ou plusieurs chaîne(s) d'acides aminés liés entre eux par...) impliquée dans l'évolution d'un "foie gras" vers un cancer. Nommée S100A11, elle pourrait non seulement permettre de détecter précocement le risque de développer un cancer du foie, mais également ouvrir la voie à de nouvelles thérapies ciblées. Ces résultats, à lire dans le journal Gut, mettent en lumière (La lumière est l'ensemble des ondes électromagnétiques visibles par l'œil humain, c'est-à-dire comprises dans des longueurs...) les liens étroits entre notre alimentation et le développement de certains cancers.


Cellules du foie en microscopie. En haut, dans un foie sain, les cellules hépatiques sont organisées normalement. En bas, une accumulation de graisse (ronds blancs) est visible.
© UNIGE

Le carcinome hépatocellulaire est le cancer du foie le plus commun. Il peut survenir dans le cadre d'une inflammation (Une inflammation est une réaction de défense immunitaire stéréotypée du corps à une agression : infection, brûlure, allergie…) chronique du foie provoquée par un excès de graisse, faisant de l'obésité (L'obésité est l'état d'une personne, ou d'un animal, souffrant d'une hypertrophie de la masse adipeuse, qui se traduit par un excès de poids, réparti de façon généralisée dans les...) un facteur de risque (En gestion des risques, un facteur de risque est une source de risque qui est classée en risques inhérents génériques probables dans le but...) important pour son développement. La difficulté à le détecter ainsi que le manque de traitements ciblés contribuent à en faire une maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.) extrêmement grave, à l'origine du décès de plus de 700'000 personnes par an dans le monde. De plus, avec près de 41% de la population suisse en surpoids (Le surpoids est l'état d'une personne présentant une corpulence considérée comme légèrement plus importante que la normale ou la moyenne dans une société donnée. Elle est définie par...) ou obèse, le nombre de cas pourrait augmenter de façon alarmante dans les prochaines décennies.

Quand le gras rend le foie malade

Parmi les plus grands organes de notre corps, le foie assure des fonctions essentielles et est impliqué dans le stockage des sucres et des graisses apportés par la nourriture. En cas d'alimentation trop riche, les cellules du foie accumulent le surplus sous forme de graisses, un trouble appelé maladie du "foie gras". Une inflammation et une accumulation de tissus fibreux peuvent ensuite se développer et même donner naissance à une cirrhose (La cirrhose est une maladie chronique du foie dans laquelle l'architecture hépatique est bouleversée de manière diffuse par une destruction des cellules du foie (hépatocytes), suivie de lésions de fibrose alternant avec...) ou à un cancer. Ces dysfonctionnements, au départ asymptomatiques, passent souvent inaperçus ou sont considérés comme bénins. "On sait déjà qu'un foie gras peut s'inflammer et évoluer vers un cancer, mais on connait très mal les mécanismes moléculaires responsables de ces pathologies, explique Michelangelo Foti, professeur et directeur du Département de physiologie (La physiologie (du grec φύσις, phusis, la nature, et λόγος, logos, l'étude, la science) étudie le rôle, le fonctionnement...) cellulaire et métabolisme (Le métabolisme est l'ensemble des transformations moléculaires et énergétiques qui se déroulent de manière ininterrompue dans la...) de la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps...) de l'UNIGE, qui a dirigé ces travaux. La maladie du foie gras touche déjà près de 30% de la population mondiale (La population mondiale désigne le nombre d'êtres humains vivant sur Terre à un instant donné. Elle est estimée à 6,793 milliards au 1er janvier 2010, alors qu'elle était estimée à 6,1...) et va très vite devenir un problème majeur de santé publique (La santé publique peut être définie de diverses manières. On peut en effet la présenter comme « l'étude, d'une part, des déterminants physiques, psychosociaux et...)."

Un réseau de protéines en cause

L'objectif des chercheurs de l'UNIGE était de détecter des modifications de l'expression de certaines protéines qui pourraient favoriser le développement du cancer. "Jusqu'à présent, les études se sont surtout concentrées sur les mutations génétiques associées au cancer du foie, mais cela n'a débouché sur aucun traitement efficace, ajoute Michelangelo Foti. C'est pour cela que nous sommes partis à la recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique...) d'autres altérations qui pourraient expliquer la progression d'un foie gras vers un état inflammatoire et un cancer."

Il s'avère qu'un réseau de protéines, dérégulé sans qu'aucune modification génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est la science qui étudie l'hérédité et les...) ne soit en cause, crée un environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le terme environnement tend actuellement à prendre une...) favorable au développement d'un cancer. Dans ce réseau, la protéine S100A11, a particulièrement retenu l'attention des scientifiques. "Nous avons d'abord découvert que S100A11 favorisait l'inflammation et une accumulation de tissus fibreux dans le foie", note Cyril Sobolewski, chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur...) au Département de physiologie cellulaire et métabolisme et premier auteur de ces travaux. "Des tests supplémentaires ont montré que plus S100A11 est exprimée, plus grave est le cancer."

Une cible thérapeutique ?

La possibilité de détecter cette protéine grâce à une simple prise de sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le plasma est la substance fondamentale et est présent...) permet d'envisager la détection précoce d'une inflammation du foie et de sa progression vers le cancer, dont l'évolution à bas bruit (Dans son sens courant, le mot de bruit se rapproche de la signification principale du mot son. C'est-à-dire vibration de l'air pouvant donner lieu à la création d'une sensation auditive.) constitue l'un des paramètres de dangerosité. "Plus tôt le patient (Dans le domaine de la médecine, le terme patient désigne couramment une personne recevant une attention médicale ou à qui est prodigué un soin.) est pris en charge (La charge utile (payload en anglais ; la charge payante) représente ce qui est effectivement transporté par un moyen de transport donné, et qui donne...), plus ses chances de survies sont grandes, souligne Michelangelo Foti. "De plus, S100A11 pourrait constituer une cible thérapeutique prometteuse, indique Cyril Sobolewski. La prochaine étape serait de fabriquer un anticorps spécifique capable de piéger la protéine pour empêcher son effet cancérigène." Ce type d'approche, appelée immunothérapie (L'immunothérapie est un traitement qui consiste à administrer des substances qui vont stimuler les défenses immunitaires de l'organisme afin de lutter contre...), a déjà donné des résultats prometteurs dans la lutte contre plusieurs cancers.
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