Pour une meilleure comparaison entre agriculture biologique et conventionnelle

Publié par Adrien le 09/04/2020 à 09:00
Source: INRA
L'évaluation des effets environnementaux de l'agriculture et de l'alimentation fait l'objet de nombreuses études et est au coeur de nombreux débats. Cependant, la méthode d'analyse la plus largement utilisée néglige bien souvent certaines questions essentielles, telles que la biodiversité (La biodiversité est la diversité naturelle des organismes vivants. Elle s'apprécie en considérant la diversité des écosystèmes, des...), la qualité des sols, les impacts des pesticides ou les changements sociétaux. Un chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant...) d'INRAE et deux collègues suédois et danois rapportent dans la revue Nature Sustainability que ces oublis peuvent conduire à des conclusions erronées lorsqu'il s'agit de comparer agriculture conventionnelle et biologique.


Pour une meilleure comparaison entre agriculture biologique et conventionnelle.
© Jordi RECASENS

La méthode la plus courante pour évaluer les impacts environnementaux de l'agriculture et de l'alimentation est l'analyse du cycle de vie (La vie est le nom donné :) (ACV). Des études utilisant cette méthode montrent parfois que l'agriculture biologique est pire vis-à-vis du climat (Le climat correspond à la distribution statistique des conditions atmosphériques dans une région donnée pendant une période de temps donnée. Il se distingue de la météorologie qui désigne...) par comparaison à l'agriculture conventionnelle car l'agriculture biologique produit des rendements plus faibles et utilise donc plus de terres pour compenser cela. Par exemple, c'est ce qu'a affirmé une étude récente publiée dans Nature Communications.

Or, trois chercheurs français, danois et suédois, viennent de publier une analyse critique de nombreuses études d'ACV dans laquelle ils démontrent que cette mise en oeuvre de l'ACV est trop simpliste et passe à côté d'avantages majeurs de l'agriculture biologique.

Dans un premier temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.), leur analyse montre que les études d'ACV actuelles ne prennent que rarement en compte la biodiversité, qui est d'une importance cruciale pour la santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) et la résilience des écosystèmes. Cependant, elle est en déclin dans le monde (Le mot monde peut désigner :) et l'agriculture conventionnelle s'est avérée être l'une des principales causes de tendances négatives observées, telles que le déclin des insectes (Insectes est une revue francophone d'écologie et d'entomologie destinée à un large public d'amateurs et de naturalistes. Produite par l'Office pour les insectes et...) et des oiseaux. L'agriculture occupe plus du tiers de la superficie (L'aire ou la superficie est une mesure d'une surface. Par métonymie, on désigne souvent cette mesure par le terme « surface » lui-même (par...) terrestre mondiale.

Tous les liens entre les pertes de biodiversité et l'agriculture sont donc extrêmement importants. Des études antérieures ont déjà montré que les champs conduits en agriculture biologique supportent des niveaux de biodiversité environ 30% plus élevés que les champs conduits en agriculture conventionnelle. De plus, entre 1990 et 2015 l'utilisation des pesticides dans le monde a augmenté de 73 % et les résidus de pesticides dans le sol, dans l'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) et dans les aliments peuvent être nocifs pour la santé humaine, les écosystèmes terrestres et aquatiques et causer une perte de biodiversité. L'agriculture biologique interdit l'utilisation de pesticides de synthèse. Mais peu d'études d'ACV tiennent compte de ces effets pour autant.


L'agriculture conventionnelle produit des rendements plus élevés, mais l'agriculture biologique offre d'autres avantages.
© Yen Strandqvist / Chalmers Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au...) de Technologie (Le mot technologie possède deux acceptions de fait :), Suède.

Par ailleurs, la dégradation des terres et la réduction de la qualité des sols résultant d'une gestion non durable des agroécosystèmes constituent également un problème qui, encore une fois, est rarement considéré dans les études d'ACV. Les avantages des pratiques agricoles biologiques, telles que des rotations mobilisant une plus grande diversité de cultures et l'utilisation d'engrais (Les engrais sont des substances, le plus souvent des mélanges d'éléments minéraux, destinées à apporter aux plantes des...) organiques, sont paradoxalement souvent négligés dans les études d'ACV.

De manière cruciale, l'ACV évalue généralement les impacts environnementaux par kilogramme (Le kilogramme (symbole kg) est l’unité de masse dans le Système international d’unités (SI).) de produit. Cela favorise les systèmes intensifs conventionnels qui peuvent avoir des impacts plus faibles par kilogramme de produit, tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) en ayant des impacts plus importants par hectare de terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance croissante au Soleil, et la quatrième par taille et par masse croissantes. C'est la plus grande et la plus massive des...). Par ailleurs, l'ACV devra mettre en oeuvre une approche plus fine tenant compte des processus écologiques, adaptés aux caractéristiques locales des sols, du climat et de l'écosystème.

La méthodologie et les pratiques actuelles d'ACV ne sont tout simplement pas suffisantes pour évaluer les systèmes agroécologiques tels que l'agriculture biologique. Il faut donc améliorer l'ACV et l'intégrer à d'autres méthodes d'évaluation environnementale pour obtenir une image plus équilibrée et éclairer aux mieux les décisions politiques.

Reference:
Towards better representation of organic agriculture in life cycle assessment.
Van der Werf, H.M.G., Trydeman Knudsen, M., Cederberg, C.
Nature Sustainability (2020)
doi: 10.1038/s41893-020-0489-6
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