La maladie de Parkinson pourrait-elle être déclenchée par une infection intestinale ?
Publié par Adrien le 19/07/2019 à 08:00
Source: Université de Montréal
Une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Nature montre qu'une infection intestinale peut mener à une pathologie semblable à la maladie de Parkinson chez la souris, laquelle est dépourvue de l'un des gènes liés à la maladie chez l'homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme prépubère est appelé...). Cette découverte vient dans la foulée de récents travaux du même groupe de chercheurs suggérant que la maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.) comporte une composante immunitaire importante, ouvrant la porte à de nouvelles stratégies thérapeutiques. L'étude résulte du travail d'une équipe de scientifiques dirigée par les chercheurs Michel Desjardins et Louis-Éric Trudeau de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa...) de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de l'industrie, de la...), Heidi McBride de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel institut.) neurologique de Montréal et Samantha Gruenheid de l'Université McGill.


Une infection intestinale peut mener à une pathologie semblable à la maladie de Parkinson (La maladie de Parkinson est une maladie neurologique chronique affectant le système nerveux central responsable de troubles essentiellement moteurs d'évolution progressive.) chez la souris (Le terme souris est un nom vernaculaire ambigu qui peut désigner, pour les francophones, avant tout l’espèce commune Mus musculus, connue aussi comme animal de compagnie ou de...), laquelle est dépourvue de l'un des gènes liés à la maladie chez l'homme. Crédit: Getty

La maladie de Parkinson est une maladie neurodégénérative incurable qui touche environ 85 000 personnes au Canada. Compte tenu de la croissance et du vieillissement (La notion de vieillissement décrit une ou plusieurs modifications fonctionnelles diminuant progressivement l'aptitude d'un objet, d'une information ou d'un...) de la population, on estime que le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de Canadiens atteints doublera entre 2011 et 2031. Aux États-Unis seulement, on prévoit que la maladie de Parkinson touchera plus de 1,2 million (Un million (1 000 000) est l'entier naturel qui suit neuf cent quatre-vingt-dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf (999 999) et qui précède un...) d'individus d'ici 2030.

Le nombre de patients atteints de la maladie de Parkinson dans le monde (Le mot monde peut désigner :) a plus que doublé entre 1990 et 2016, passant de 2,5 à 6,1 millions de patients. Des projections de données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un...) conservatrices indiquent que le nombre de patients doublera à nouveau d'ici à 2050.

Environ 10 % des cas de la maladie de Parkinson sont attribuables à des mutations génétiques affectant des protéines telles que PINK1 et Parkin, qui sont associées aux mitochondries (le principal organite produisant l'énergie (Dans le sens commun l'énergie désigne tout ce qui permet d'effectuer un travail, fabriquer de la chaleur, de la lumière, de produire un mouvement.) des cellules du corps). Les patients présentant ces mutations développent plus précocement la maladie. Fait à noter, ces mutations ne produisent pas de symptômes chez la souris, ce qui mène de nombreux chercheurs à déduire que la souris pourrait ne pas être un animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un être vivant hétérotrophe, c’est-à-dire qu’il se...) idéal (En mathématiques, un idéal est une structure algébrique définie dans un anneau. Les idéaux généralisent de façon...) pour modéliser la maladie de Parkinson.

Les chercheurs Louis-Eric Trudeau et Heidi McBride, spécialistes de la maladie de Parkinson, font valoir que les résultats de cette nouvelle étude peuvent expliquer cette disparité. En effet, les souris de laboratoire sont normalement maintenues dans des installations exemptes de germes, donc dans des conditions qui ne sont pas représentatives de celles des humains, qui sont constamment exposés à des microorganismes infectieux. La microbiologiste Samantha Gruenheid croit que la découverte du lien entre le Parkinson et une infection intestinale permettra d'étudier plus en profondeur la réponse immunitaire liée au déclenchement de la maladie, et d'évaluer ainsi des approches thérapeutiques novatrices.

Pourquoi les neurones dopaminergiques meurent-ils, déclenchant ainsi les symptômes de la maladie ?

La maladie de Parkinson est causée par la mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus général, incluant par exemple...) progressive des neurones dopaminergiques, un sous-ensemble (En mathématiques, un ensemble A est un sous-ensemble ou une partie d’un ensemble B, ou encore B est sur-ensemble de A, si tout élément du...) de neurones cérébraux. Cette perte de neurones est à l'origine des symptômes moteurs (Un moteur est un dispositif transformant une énergie non-mécanique (éolienne, chimique, électrique, thermique par exemple) en une énergie mécanique ou travail.[réf. nécessaire]) typiques observés chez les patients atteints de la maladie de Parkinson, notamment les tremblements et la rigidité. On ignore toujours ce qui cause la mort des neurones dopaminergiques.

Selon Louis-Éric Trudeau, professeur au Département de pharmacologie et physiologie (La physiologie (du grec φύσις, phusis, la nature, et λόγος, logos, l'étude, la science) étudie le rôle, le fonctionnement et...) de l'UdeM, "la plupart des modèles actuels de maladie de Parkinson sont fondés sur la croyance que les neurones meurent en raison d'une accumulation interne (En France, ce nom désigne un médecin, un pharmacien ou un chirurgien-dentiste, à la fois en activité et en formation à l'hôpital ou en cabinet pendant une durée variable selon le...) d'éléments toxiques. Cependant, cela n'explique pas que la pathologie de la maladie se déclenche chez les patients plusieurs années avant l'apparition de symptômes moteurs et toute perte perceptible de neurones."

La présente étude propose une explication pour ce phénomène. L'équipe de Montréal a démontré qu'une infection intestinale sans gravité (La gravitation est une des quatre interactions fondamentales de la physique.) chez de jeunes souris dépourvues de l'un des gènes liés à la maladie de Parkinson était suffisante pour déclencher des symptômes moteurs chez ces souris à l'âge adulte. De façon remarquable, ces symptômes disparaissaient temporairement en réponse à l'administration de lévodopa, un médicament (Un médicament est une substance ou une composition présentée comme possédant des propriétés curatives, préventives ou administrée en vue d'établir un diagnostic. Un médicament est le...) prescrit pour traiter les patients atteints de la maladie de Parkinson, établissant un lien direct avec la maladie.

Michel Desjardins, professeur au Département de pathologie et biologie (La biologie, appelée couramment la « bio », est la science du vivant. Prise au sens large de science du vivant, elle recouvre une partie des sciences...) cellulaire de l'UdeM et l'immunologiste Diana Matheoud, chercheuse au Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne également le cadre...) du CHUM, soulignent qu'une réponse immunitaire efficace est déclenchée chez la souris normale. Cependant, le système immunitaire (Le système immunitaire d'un organisme est un ensemble coordonné d'éléments de reconnaissance et de défense qui discrimine le « soi » du...) des souris mutantes pour le gène (Un gène est une séquence d'acide désoxyribonucléique (ADN) qui spécifie la synthèse d'une chaîne de polypeptide ou d'un acide ribonucléique...) PINK1 (qu'on associe à la maladie de Parkinson) a réagi de façon excessive, déclenchant une réaction auto-immune durant laquelle le système immunitaire s'est attaqué à des cellules saines de l'organisme. Les résultats publiés suggèrent que les neurones dopaminergiques ne meurent donc pas en raison d'une accumulation de toxines, mais seraient plutôt détruits par le système immunitaire.

En effet, l'étude démontre que les cerveaux des souris mutantes infectées présentaient des lymphocytes T toxiques et autoréactifs qui peuvent attaquer les neurones sains lorsque cultivés dans des boîtes de Pétri. Les deux premiers auteurs de l'article, Diana Matheoud et Tyler Cannon, étudiant à l'Université McGill, soulignent que ces résultats suggèrent fortement que certaines formes de la maladie de Parkinson sont auto-immunes et susceptibles de prendre source dans l'intestin (L'intestin est la partie du système digestif qui s'étend de la sortie de l'estomac à l'anus. Chez les humains et la plupart des mammifères, il est divisé en...) plusieurs années avant les premiers symptômes moteurs perceptibles. Cela propose l'existence d'une période propice au traitement préventif.
Page générée en 0.710 seconde(s) - site hébergé chez Amen
Ce site fait l'objet d'une déclaration à la CNIL sous le numéro de dossier 1037632
Ce site est édité par Techno-Science.net - A propos - Informations légales
Partenaire: HD-Numérique