Le docteur-feuille prescrit une infusion de "bois cochon" !
Publié par Adrien le 04/10/2019 à 08:00
Source: Université de Montréal
Lorsque l'ethnobotaniste Alain Cuerrier s'est fait offrir du "bois cochon" et du "bois bandé" par une Haïtienne au marché Méli-Mélo, dans le quartier Villeray ‒ en infusion, l'écorce a la réputation de revigorer le bas du corps ‒, il a eu l'idée de mettre sur pied un projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours...) de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne...) sur la diaspora (Le terme diaspora désigne la dispersion d'une communauté ethnique ou d'un peuple à travers le monde.) haïtienne et sa relation avec les plantes. Surtout qu'une démarche semblable, entreprise par des collègues, était en cours en Guyane française. Pour ce chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche sont diversifiés et impliquent...) habitué à se rendre aux confins de l'Arctique (L’Arctique est la région entourant le pôle nord de la Terre, à l’intérieur et aux abords du cercle polaire. Elle se situe à l'opposé de l'Antarctique. L'Arctique inclut une partie du Canada, du Groenland...) et des Caraïbes à la recherche de témoignages d'herboristes traditionnels, c'était comme si le monde (Le mot monde peut désigner :) venait à lui.


La langue chatte est une des tisanes du "docteur-feuille". Crédit: Alain Cuerrier

"On trouve ici des plantes médicinales utilisées par de nombreux immigrants. Nous souhaitons en faire l'inventaire et décrire leurs usages chez les communautés créoles", explique le chercheur de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical...) de recherche en biologie (La biologie, appelée couramment la « bio », est la science du vivant. Prise au sens large de science du vivant, elle recouvre une partie des sciences naturelles et de l'histoire naturelle des êtres vivants (ou...) végétale de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis,...) de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de...) et botaniste au Jardin botanique (La botanique est la science consacrée à l'étude des végétaux (du grec βοτάνιϰή; féminin du...) de Montréal. La recherche intitulée "Pratiques phytothérapeutiques comparées dans la diaspora haïtienne entre Montréal et Cayenne" a obtenu des fonds du gouvernement français dans le cadre du programme Projet exploratoire premier soutien. Des chercheurs de Guyane (Marc-Alexandre Tareau, Marianne Palisse et Guillaume (Guillaume est un prénom masculin d'origine germanique. Le nom vient de Wille, volonté et Helm, heaume, casque, protection.) Odonne), de Martinique (La Martinique est à la fois une région d'outre-mer et un département d'outre-mer français (numéro 972). Elle devrait son nom à Christophe Colomb qui la...) (Lucie Dejouhanet) et de l'Université de Montréal (André-Anne Parent) complètent l'équipe.

La recherche n'est pas pharmaceutique mais ethnographique. Le but n'est donc pas, pour l'instant (L'instant désigne le plus petit élément constitutif du temps. L'instant n'est pas intervalle de temps. Il ne peut donc être considéré comme une durée.), de vérifier les qualités curatives des infusions, concoctions et autres préparations à base de plantes. Les chercheurs souhaitent dresser une liste des espèces utilisées par les Haïtiens de Montréal et de Cayenne, en Guyane. Ils veulent aussi savoir si certaines essences indigènes des pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la civitas qui subsiste le...) d'accueil sont employées dans la pharmacopée traditionnelle et si les immigrants tentent de faire pousser des plantes de leur pays d'origine.

Cent espèces

Si le projet de recherche est loin d'être achevé ‒ l'équipe souhaite se rendre en Haïti pour compléter la collecte d'informations ‒, plusieurs entrevues semi-dirigées ont eu lieu et une rencontre de groupe a été organisée. "J'ai été surpris de découvrir à quel point (Graphie) les gens que nous avons rencontrés avaient à coeur de participer à notre recherche. Ils se sont montrés généreux et diserts", indique le chercheur.

Les Haïtiens en exil ont apporté certaines de leurs pratiques culturelles et gardent en mémoire (D'une manière générale, la mémoire est le stockage de l'information. C'est aussi le souvenir d'une information.) les multiples usages de végétaux. "Il y a des rituels vaudous qui nécessitent des infusions, mais les plantes ont de nombreux usages médicinaux. C'est ce qui nous intéresse comme scientifiques", commente le professeur Cuerrier.

Voyager avec ses plantes

"La mobilité est profondément inscrite dans le fonctionnement des sociétés humaines, peut-on lire dans le résumé de la recherche. Homo sapiens est l'une des espèces qui s'est le mieux adaptée à tous les milieux de la planète (Une planète est un corps céleste orbitant autour du Soleil ou d'une autre étoile de l'Univers et possédant une masse suffisante pour que sa gravité la maintienne en équilibre...). Ce “succès” écologique, pour ainsi dire, s'est autant appuyé sur l'adaptabilité de cette espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type » ou « apparence ») est le taxon de base de la systématique. L'espèce est un concept...) que sur un complexe d'espèces associées, tant végétales qu'animales."


Le chadèque aurait des vertus médicinales. Crédit: Alain Cuerrier
Bref, ce n'est pas d'hier qu'on voyage (Un voyage est un déplacement effectué vers un point plus ou moins éloigné dans un but personnel (tourisme) ou professionnel (affaires). Le voyage s'est considérablement développé et démocratisé, au cours du XXe siècle...) avec ses plantes. Les Haïtiens, engagés dans d'importants mouvements migratoires un peu partout en Amérique (L’Amérique est un continent séparé, à l'ouest, de l'Asie et l'Océanie par le détroit de Béring et l'océan Pacifique; et à l'est,...) et dans les Antilles (Les Antilles sont un vaste archipel situé dans la mer des Caraïbes. L'archipel forme un arc de cercle de 3 500 km de long, s'étendant depuis Cuba jusqu'au large du...), n'échappent pas à cette règle. Pourtant, "peu de travaux ont été menés sur les pharmacopées d'Haïti et encore moins sur celles des migrants haïtiens".

On cherchera à connaître les "docteurs-feuilles" (ainsi qu'on appelle les guérisseurs haïtiens en Guyane) dans la communauté montréalaise en portant attention à trois pratiques traditionnelles appelées koule tet, boutey et ben feyaj. Dans la première, la tête d'une personne malade est baignée dans une décoction de plantes. Dans la seconde ( Seconde est le féminin de l'adjectif second, qui vient immédiatement après le premier ou qui s'ajoute à quelque chose de nature identique. La seconde est une unité de mesure du...), on fait avaler une alcoolature afin de "nettoyer le sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le plasma est la substance fondamentale et est présent chez la plupart des animaux. Un humain...)" ou d'"évacuer les gaz (Un gaz est un ensemble d'atomes ou de molécules très faiblement liés et quasi-indépendants. Dans l’état gazeux, la...)". La troisième consiste à plonger le patient (Dans le domaine de la médecine, le terme patient désigne couramment une personne recevant une attention médicale ou à qui est...) dans des bains à base de végétaux; la cure (La Cure est un village sur la frontière entre la France et la Suisse, partagé entre la commune française des Rousses et la commune...) est propitiatoire ou expiatoire, mais peut aussi avoir pour objectif d'attirer sur le malade "la réussite ou la chance".

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