COVID-19: le lien entre forêt, déforestation et émergence de maladies infectieuses

Publié par Isabelle le 09/05/2020 à 14:00
Source: INRAE
La pandémie mondiale de Covid-19 met en lumière l'importance de certains domaines scientifiques jusque-là peu étudiés, comme le lien entre les écosystèmes, leur biodiversité et l'émergence de nouvelles maladies infectieuses. En effet, les humains exploitent de plus en plus leur environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec...) et sont par conséquent plus exposés à certains microbes tapis dans l'ombre (Une ombre est une zone sombre créée par l'interposition d'un objet opaque (ou seulement partiellement opaque) entre une source de...), ce qui peut accroître les risques de nouvelles contaminations. Des chercheurs d'INRAE, du Cirad, de l'IRD et de l'Institut Pasteur (L’Institut Pasteur est une fondation française privée à but non lucratif qui se consacre à l'étude de la biologie, des microorganismes, des maladies et des vaccins. Il est ainsi nommé...) de la Guyane viennent d'effectuer, dans la revue Environmental Research Letters, une analyse de synthèse bibliométrique sur un corpus de 565 publications, publiés entre 1953 et 2018, sur les liens entre forêts, déforestation et maladies infectieuses émergentes. Ils pointent une fragilité (La fragilité est l'état d'une substance qui se fracture lorsqu'on lui impose des contraintes mécaniques ou qu'on lui fait subir des déformations brutales (c'est-à-dire sous forme de choc),...) des connaissances sur cet enjeu majeur.


Construction de route en Papouasie-Occidentale © Jean-Marc Porte - Lengguru 2014

Le virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise les constituants pour se multiplier. Les virus existent sous une forme extracellulaire ou...) SARS-Cov2, responsable de la pandémie (Une pandémie (du grec ancien πᾶν / pãn (tous) et δῆμος / dễmos (peuple)) est une épidémie touchant une part exceptionnellement...) actuelle de COVID-19 affectant le monde (Le mot monde peut désigner :) entier, serait issu d'une probable recombinaison entre les virus de deux espèces animales différentes faisant l'objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans un espace à trois dimensions, qui a une fonction précise, et qui peut être désigné par une étiquette verbale. Il est défini...), pour l'une d'elle, de chasse ou de trafic illicite. Comme de très nombreuses maladies émergentes affectant les humains, il s'agit donc d'une zoonose, c'est-à-dire une infection d'origine animale. Dans les zones intertropicales où se concentre une diversité biologique importante et où les sociétés demeurent encore très vulnérables, certaines populations humaines sont aujourd'hui confrontées de manière plus importante à de nouvelles menaces sanitaires issues des animaux sauvages. En pratiquant la déforestation pour le développement d'une agriculture et de l'élevage, ces mêmes communautés entrent en contact avec des cycles microbiens qu'abritent les grands biomes forestiers.

Les chercheurs ont ainsi analysé 565 articles scientifiques citant les termes "forêt (Une forêt ou un massif forestier est une étendue boisée, relativement dense, constituée d'un ou plusieurs peuplements d'arbres et...)", "déforestation" et "maladie infectieuse (Une maladie infectieuse est une maladie provoquée par la transmission d'un micro-organisme : virus, bactérie, parasite, champignon. Les virus ne sont...) émergente" dans leur titre et leur résumé. Il en ressort que seuls 165 d'entre eux traitent en pratique du lien entre forêts, déforestation et maladies émergentes, permettant d'apporter des éléments de compréhension au débat (Un débat est une discussion (constructive) sur un sujet, précis ou de fond, annoncé à l'avance, à laquelle prennent part des individus ayant des avis, idées, réflexions ou opinions...) actuel. Mais comment expliquer un tel écart ? Les scientifiques ont donc étudié plus en détail ces résultats et en concluent qu'un très grand nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de ces articles traitent en réalité une partie souvent infime du cycle infectieux: les insectes (Insectes est une revue francophone d'écologie et d'entomologie destinée à un large public d'amateurs et de naturalistes. Produite par l'Office pour les insectes et leur environnement (association loi de 1901), elle...) vecteurs ou les animaux réservoirs uniquement, mais beaucoup moins les interactions qu'ils entretiennent avec des virus, des bactéries (Les bactéries (Bacteria) sont des organismes vivants unicellulaires procaryotes, caractérisées par une absence de noyau et d'organites. La plupart des bactéries possèdent une paroi cellulaire...) ou des protozoaires. De surcroît, une très grande majorité de ces articles ne fait pas le lien avec les cas humains. Le sujet forêts, déforestation et maladies émergentes est donc finalement très peu abordé, même si un grand nombre d'articles le déclarent comme tel dans leur titre ou leur résumé. De plus, les chercheurs notent un biais taxonomique dans les articles dans la mesure où un grand nombre de travaux concernent la maladie de Lyme (La maladie de Lyme est une maladie bactérienne. Elle est multiviscérale (pouvant affecter divers organes) et multisystémique (pouvant toucher divers systèmes) et elle évolue sur plusieurs années ou décennies,...) et les leishmanioses cutanées. La plupart se réfèrent aussi à des travaux en Amérique (L’Amérique est un continent séparé, à l'ouest, de l'Asie et l'Océanie par le détroit de Béring et l'océan Pacifique; et à l'est, de...) du Nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) et en Amérique centrale et du Sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.).

Ce type d'analyse de synthèse, ce que l'on appelle aujourd'hui "de la recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances...) sur la recherche" est essentiel pour avoir une vision objective et factuelle, et ainsi permettre d'orienter au mieux la recherche. L'exemple traité ici illustre bien l'importance de ce type d'étude, et souligne que la plupart des travaux abordent ces sujets complexes de manière encore très sectorielle, bien qu'ayant une approche initiale OneHealth.Au-delà, cette étude démontre la nécessité de mieux approfondir les connaissances autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne à 31 espèces d'oiseaux qui, soit appartiennent au genre Accipiter, soit constituent les 5 genres Erythrotriorchis,...) de l'émergence des maladies infectieuses humaines et de leur transmission en prenant mieux en compte les composantes environnementales mais aussi anthropo-sociologiques, économiques et politiques.

Référence:
Jean-Francois Guégan, Ahidjo Ayouba, Julien Cappelle and Benoit de Thoisy (2020). Forests and emerging infectious diseases: unleashing the beast within. Environmental Research Letters. https://doi.org/10.1088/1748-9326/ab8dd7
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