Les consommateurs de drogues stimulantes, plus susceptibles de vouloir attenter à leur vie

Publié par Adrien le 02/01/2015 à 00:00
Source: Université de Montréal

Les consommateurs des drogues stimulantes, telles que la cocaïne et les amphétamines, sont près de deux fois plus à risque de présenter des comportements suicidaires. Photo: Thinkstock.
Parmi les personnes utilisant des drogues par injection (Le mot injection peut avoir plusieurs significations :), les consommateurs de drogues stimulantes, telles que la cocaïne (La cocaïne est un alcaloïde extrait de la coca. Puissant stimulant du système nerveux central, elle est aussi un vasoconstricteur...) et les amphétamines (Les amphétamines sont des substances psychotropes, de structure dérivé des phényléthylamines.), sont près de deux fois plus à risque de présenter des comportements suicidaires, selon des chercheurs de l'Université de Montréal (L’Université de Montréal est l'un des quatre établissements d'enseignement supérieur de Montréal au Québec. Elle est l'une des dix grandes...) et du Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche...) du CHUM (CRCHUM). La toxicomanie (A l'origine "la" toxicomanie est un terme qui vient du grec toxikon, « poison » et mania, « folie » et qui signifie que quelqu'un use de manière répétée et...) avait déjà été identifiée comme un important facteur de risque (En gestion des risques, un facteur de risque est une source de risque qui est classée en risques inhérents génériques probables dans le but de faciliter l'évaluation ou l'atténuation des risques.) pour le suicide (Le suicide (du latin suicidium, du verbe sui caedere « se massacrer soi-même ») est l’acte délibéré de mettre fin à sa propre vie. Dans le domaine...). Dix pour cent des décès chez les consommateurs de drogues seraient en effet attribuables au suicide. Les données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) issues de cette étude novatrice pourraient permettre de développer et d'évaluer des stratégies de prévention (La prévention est une attitude et/ou l'ensemble de mesures à prendre pour éviter qu'une situation (sociale, environnementale, économique..) ne se dégrade, ou qu'un accident, une épidémie ou une maladie ne...) du suicide plus adaptées à cette population hautement vulnérable.

Les chercheurs ont pu explorer la relation entre toxicomanie et risque de comportement suicidaire en étudiant de façon détaillée les différents types de substances consommées chez plus de 1200 personnes s'injectant des drogues à Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de l'industrie, de la...). "Nous savons que la consommation de substances est associée au risque de tentative suicidaire et de suicide complété. Or, il existe beaucoup de profils différents de consommateurs de drogues. Les données disponibles jusqu'à récemment ne permettaient pas d'identifier les profils de consommation étant le plus à risque. Nous voulions savoir qui, parmi les personnes qui consomment des substances, étaient réellement les plus susceptibles de faire une tentative du suicide", explique Didier Jutras-Aswad, professeur au Département de psychiatrie (La psychiatrie est une spécialité médicale traitant de la maladie mentale ou des maladies mentales. L'étymologie du mot psychiatrie provient du grec psyche...) de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au...) de Montréal et chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche sont diversifiés et impliquent d'importantes...) au CRCHUM.

Pour ce faire, ils ont utilisé les données de la Cohorte HEPCO, une étude longitudinale issue du programme de recherche "Cohorte Saint-Luc" et établie à Montréal en 2004 par la Dre Julie Bruneau, chercheuse au CRCHUM et professeure au Département de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son...) familiale de l'Université de Montréal, pour examiner les facteurs individuels et contextuels associés à l'infection au virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise les constituants pour se multiplier. Les virus existent sous une forme extracellulaire ou intracellulaire. Sous la forme...) de l'hépatite C (L’hépatite C est une maladie infectieuse transmissible par le sang et due au virus de l'hépatite C (VHC ou HCV en anglais), qui...). Les participants de cette cohorte devaient avoir 18 ans et plus et s'être injecté des drogues au cours des six derniers mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.). Deux fois par année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.), les participants de l'étude ont complété un questionnaire (Les questionnaires sont un des outils de recherche pour les sciences humaines et sociales, en particulier la psychologie, la sociologie, le marketing et la géographie.) visant à mieux comprendre leurs habitudes de consommation de stupéfiants et évaluer certains marqueurs de leur santé mentale (La santé mentale est un terme relativement récent et polysémique. Habituellement elle est vue comme l'« aptitude du psychisme à fonctionner de façon harmonieuse, agréable, efficace et à faire face avec...). Le suivi médian a été de quatre visites. Il leur était notamment demandé s'ils avaient tenté de se suicider dans les six derniers mois, mais aussi quelle était la nature et la fréquence (En physique, la fréquence désigne en général la mesure du nombre de fois qu'un phénomène périodique se reproduit par unité de temps....) de leur consommation. Plusieurs substances ont ainsi pu être évaluées de façon détaillée: la cocaïne, les amphétamines, les opioïdes, le cannabis, l'alcool et les sédatifs-hypnotiques disponibles illégalement dans la rue (La rue est un espace de circulation dans la ville qui dessert les logements et les lieux d'activité économique. Elle met en relation et...), c'est-à-dire les barbituriques et les benzodiazépines.

Leurs résultats indiquent que la tentative de suicide (On appelle tentative de suicide un acte auto-agressif destiné à mettre fin à sa vie et auquel le sujet survit.) est un événement fréquent chez les consommateurs de drogues injectables. Au début de l'étude, près de 6% des participants avaient en effet signalé une tentative de suicide dans les six mois précédents, un taux dramatiquement plus élevé que dans la population générale. Au cours du suivi, 143 participants ont connu au moins un épisode de tentative de suicide. Les chercheurs ont constaté que l'utilisation chronique et occasionnelle des drogues stimulantes, soit la cocaïne et les amphétamines, était associée à une probabilité (La probabilité (du latin probabilitas) est une évaluation du caractère probable d'un évènement. En mathématiques, l'étude des probabilités est un sujet de grande...) près de deux fois plus grande de déclarer une tentative de suicide, par rapport à l'utilisation des autres drogues. De façon surprenante, ils n'ont cependant pas observé la même association positive pour les autres substances, notamment les opiacés, telles que la morphine (La morphine (du grec Μορφεύς, Morphée dieu du sommeil et des rêves) est un alcaloïde de l'opium...) et l'héroïne (L’héroïne ou diacétylmorphine, également appelée diamorphine, est un opioïde obtenu par acétylation de la morphine, le principal alcaloïde issu du pavot à opium. Elle est...), dont l'utilisation est pourtant considérée comme parmi les plus dommageables sur le plan psychosocial et de la santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.).

Pourquoi donc cette différence entre drogues stimulantes et opiacés? Selon eux, un ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut...) de différences neurobiologiques, comportementales et sociales entre les consommateurs de drogues stimulantes et consommateurs d'opiacés pourrait expliquer ces résultats. Les consommateurs de drogues stimulantes seraient ainsi plus vulnérables car plus impulsifs et caractérisés par une humeur plus variable (En mathématiques et en logique, une variable est représentée par un symbole. Elle est utilisée pour marquer un rôle dans une formule, un prédicat ou...). Les chercheurs soulignent également que les traitements visant à combattre la dépendance à la cocaïne sont pratiquement inexistants, rappelant que les services de traitement de la toxicomanie ont souvent été structurés autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne à 31 espèces d'oiseaux qui, soit appartiennent au genre Accipiter, soit constituent les 5 genres...) des consommateurs d'opiacés ou d'alcool.

"Notre étude répond à un certain nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de questions très importantes qui pourraient changer les pratiques. Si elle confirme que l'utilisation de drogues en soi constitue un risque important pour les comportements suicidaires, elle identifie les consommateurs de cocaïne et d'amphétamines comme étant une population à très haut risque. Il nous faut donc développer des programmes d'intervention et de prévention plus efficaces et adaptés à cette population cible. Il apparait également essentiel de mener à bien de nouvelles recherches mettant notamment l'accent sur une évaluation plus détaillée de la santé mentale et son interaction (Une interaction est un échange d'information, d'affects ou d'énergie entre deux agents au sein d'un système. C'est une action réciproque qui suppose l'entrée en contact de sujets.) avec la consommation dans le temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.)", conclut Didier Jutras-Aswad.

À propos de cette étude

Andreea Adelina Artenie, Julie Bruneau, Geng Zang, François Lespérance, Johanne Renaud, Joël Tremblay et Didier Jutras-Aswad ont publié l'article "Associations of substance use patterns with attempted suicide among persons who inject drugs : Can distinct use patterns play a role?", le 26 novembre 2014 dans la revue Drug and Alcohol Dependence (publication en ligne).
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