Comprendre la maladie COVID-19 en comparant sa progression chez les enfants et les aînés

Publié par Adrien le 03/04/2020 à 14:00
Source: Université de Montréal
Pourquoi la COVID-19 affecte-t-elle davantage les personnes âgées que les jeunes enfants ? Pourquoi les symptômes sont-ils plus graves chez les aînés que chez les bambins ? Quels sont les mécanismes cellulaires qui expliquent la progression de l'infection ?


Une étude vise à comprendre ce qui protège les enfants de la maladie afin d'orienter les traitements chez les adultes plus touchés. Crédit: Getty

Ce sont là les questions auxquelles tenteront de répondre trois professeurs de l'Université de Montréal (L’Université de Montréal est l'un des quatre établissements d'enseignement supérieur de Montréal au Québec. Elle est l'une des dix grandes universités du Canada (la deuxième en...) membres d'une équipe qui a entrepris un essai clinique (Un essai clinique est une étude scientifique réalisée en thérapeutique médicale humaine pour évaluer l'innocuité et l'efficacité d'une méthode diagnostique ou d'un traitement. L'objectif d'un essai n'est...) et des travaux de recherche fondamentale (La recherche fondamentale regroupe les travaux de recherche scientifique n'ayant pas de finalité économique déterminée au moment des travaux. On oppose en général la...) d'envergure (L'envergure est la distance entre les extrémités des ailes. Le terme est valable pour définir un oiseau, un chiroptère, un avion (ou planeur).) internationale dirigés de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux...) de la Colombie-Britannique.

Mieux connaître la réponse inflammatoire


Philippe Jouvet Crédit: Amélie Philibert
Face à la pandémie (Une pandémie (du grec ancien πᾶν / pãn (tous) et δῆμος / dễmos (peuple)) est une épidémie touchant une part exceptionnellement importante de la population et...) causée par le SRAS-CoV-2, l'Organisation (Une organisation est) mondiale de la santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) a demandé aux communautés scientifiques du monde (Le mot monde peut désigner :) entier d'étudier l'épidémiologie de la COVID-19 afin d'élaborer un plan de traitement concerté de la maladie.

"Bien que l'expérience de la Chine et de l'Italie nous aide à affronter cette crise, beaucoup de questions demeurent, indique le Dr Jean-Sébastien Joyal, professeur à la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain...) de l'UdeM et intensiviste au CHU Sainte-Justine. Entre autres, pourquoi la maladie est-elle si grave chez certaines personnes, alors que plusieurs demeurent asymptomatiques?"


Jean-Sébastien Joyal
Avec les Drs Philippe Jouvet, également intensiviste au CHU Sainte-Justine et directeur du Réseau (Un réseau informatique est un ensemble d'équipements reliés entre eux pour échanger des informations. Par analogie avec un filet (un réseau est un « petit rets »,...) respiratoire du Québec, et Hugo Soudeyns, directeur du Département de microbiologie (La microbiologie est une sous-discipline de la biologie basée sur l'étude des micro-organismes.), infectiologie et immunologie (L'immunologie est la branche de la biologie qui s'occupe de l'étude du système immunitaire. Apparu très tôt dans l'échelle de l'évolution, ce...) de l'UdeM, le Dr Joyal contribue à une large étude observationnelle de patients hospitalisés au Canada après un diagnostic (Le diagnostic (du grec δι?γνωση, diágnosi, à partir de δια-, dia-, „par, à travers,...) de COVID-19.

Cette étude, qui vise à comprendre ce qui protège les enfants de la maladie afin d'orienter les traitements chez les adultes plus touchés, comporte un essai clinique mené à travers le monde pour tester des agents antiviraux, le lopinavir et le ritonavir, contre le coronavirus. Elle permettra de recueillir des sécrétions bronchoalvéolaires et des globules blancs chez des adultes et des enfants qui souffrent de la COVID-19 afin de répondre aux questions de l'équipe du Dr Joyal.

"Nous utiliserons les prélèvements afin de comparer les transcriptomes de chaque cellule individuelle d'adultes et d'enfants touchés par la COVID-19, précise Jean-Sébastien Joyal. Ces données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) nous permettront de mieux comprendre quelles cellules immunitaires divergent dans leur réaction au virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise les constituants pour se multiplier. Les virus existent sous une forme extracellulaire ou intracellulaire. Sous la forme...) et à quel moment de la maladie. Nous espérons trouver une cible plus précise afin d'atténuer la gravité (La gravitation est une des quatre interactions fondamentales de la physique.) de la maladie chez les gens plus âgés."

Les intensivistes canadiens mobilisés par la recherche


Hugo Soudeyns Crédit: CHU Sainte-Justine
Les travaux de l'équipe du Dr Joyal constituent une sous-étude d'un projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et...) de recherche dirigé par le Dr Srinivas Murthy, de l'Université de la Colombie-Britannique, qui a notamment pris part à des travaux sur l'épidémie de fièvre (La fièvre est l'élévation de la température corporelle chez un être à sang chaud par dérèglement du « thermostat » central. Il s'agit...) d'Ebola survenue il y a quelques années.

Ce projet de recherche a été conçu en une semaine par le groupe de chercheurs et de cliniciens canadiens en soins intensifs ‒ le Canadian Critical Care Trial Group. Ce groupe avait participé aux travaux de recherche pour endiguer les dernières épidémies du SRAS en 2003 et de la grippe (La grippe (ou influenza) est une maladie infectieuse fréquente et contagieuse causée par trois virus à ARN de la famille des Orthomyxoviridae (Myxovirus...) H1N1 en 2009. "Nous disposions d'une infrastructure de recherche en place que nous avons remise en marche (La marche (le pléonasme marche à pied est également souvent utilisé) est un mode de locomotion naturel. Il consiste en un déplacement en appui alternatif sur les jambes, en position debout et en ayant toujours au...) pour la COVID-19", mentionne l'intensiviste.

Ce grand projet de recherche vise des objectifs bien précis, dont:
- la caractérisation de la progression de la maladie au Canada;
- le suivi de l'effet d'antirétroviraux (dont le lopinavir et le ritonavir) chez les patients atteints;
- la recension des perspectives vécues par les intensivistes sur le terrain;
- l'établissement de lignes directrices pour appréhender la maladie.

"Ce dernier objectif est important parce qu'il faudra dégager des consensus scientifiques à partir des résultats des nombreuses études qui sont menées en ce moment sur la COVID-19", conclut Jean-Sébastien Joyal.
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